Questions Economiques

Discussions sur l'économie et supplément aux cours

Du capitalisme industriel au capitalisme financier

Du capitalisme industriel au capitalisme financier.

Introduction

« Le capitalisme touche à sa fin ! » a annoncé, en 2008, l’historien Immanuel Wallerstein. « Les possibilités d’accumulation réelles du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIème siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries.

A cet égard, le rattrapage économique de l’Asie de l’Est, de l’Inde, de l’Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour l’« économie-monde » créée par l’Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l’accumulation ». Selon Wallerstein, c’est l’industrialisation des anciennes « périphéries » qui limite la possibilité d’une accumulation réelle dans les pays capitalistes de l’Occident. Bien que sa thèse puisse être contestée, elle a au moins le mérite de pouvoir relancer le débat autour de cette notion dont la définition varie beaucoup selon la géographie, la politique, le temps, les cas historiques et la culture.

Le terme capitalisme fait l’objet d’une pluralité de définitions :

– «Statut juridique d’une société humaine caractérisée par la propriété privée des moyens de production et leur mise en œuvre par des travailleurs qui n’en sont pas propriétaires.»

– «Système de production dont les fondements sont l’entreprise privée et la liberté du marché» – «Système économique dont les traits essentiels sont l’importance des capitaux techniques et

la domination du capital financier.»

Dans l’usage courant, le terme renvoie à des caractéristiques telles que, la recherche du profit, l’accumulation du capital, la régulation par le marché, ainsi que le salariat.

Depuis Marx, on définit habituellement le capitalisme comme une organisation économique et sociale fondée sur un rapport social nouveau, le salariat, est caractérisé par la séparation entre ceux qui détiennent les capitaux et ceux qui les utilisent dans le travail.

Il n’en reste pas moins que le capitalisme reste difficile à saisir. En témoigne la multiplicité des épithètes qui l’accompagnent : capitalisme marchand, industriel, financier, patrimonial, familial ; précapitalisme, capitalisme moderne, post-moderne ; capitalisme anglo-saxon, rhénan, asiatique… De même, les agents du capitalisme, les capitalistes, sont multiples : les marchands, les banquiers, les entrepreneurs, les bourgeois, les dynasties familiales, les managers…

Comme toujours, une recherche étymologique permet d’apporter des précisions sur le sens du terme. Le mot capitalisme vient bien après les termes de capital et capitaliste (ainsi Marx n’utilisait pas le terme de capitalisme mais celui de capital ou mode de production capitaliste). Le mot capital apparaît au XIIème siècle dans le sens de fonds, d’avance ou masse d’argent à faire fructifier. Le mot capitaliste désigne un détenteur de richesses pour ensuite caractériser celui qui engage une masse d’argent dans le processus de production et notamment l’entrepreneur. Le terme capitalisme quant à lui vient au XIXème siècle, employé par les socialistes allemands (Engel) puis se diffuse avec les sociologues-historiens qui entreprennent son étude : Max Weber avec « L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme publié » en 1901, Werner Sombar avec « Le capitalisme moderne » publié en 1902.

De ce rappel étymologique et historique, il ressort deux caractéristiques du capitalisme : le capital, masse d’argent, comme générateur de revenus, et le capitaliste, comme agent ou vecteur social. Dès l’origine, le capitalisme est ainsi pensé et étudié à travers sa dimension économique et sa dimension sociale. « Capitalisme doit être mis entre capital et capitaliste » écrivait Fernand Braudel.

L’accumulation du capital (avec le rôle de la technologie) et l’extension du salariat (avec l’organisation du travail) seront donc au centre des analyses du capitalisme. Les penseurs ajouteront à l’analyse le rôle du marché, le rôle des institutions et la dimension internationale. On a ici les composantes-clés du capitalisme et de sa dynamique. Schumpeter va encore plus loin dans l’imbrication des aspects économiques, sociaux, institutionnels, culturels et n’hésite pas à assimiler le capitalisme à une civilisation.

La difficulté qui subsiste est la compréhension des déterminants des composantes-clés et leur articulation. C’est pourquoi les interprétations de la dynamique du capitaliste demeurent multiples. Cette difficulté est renforcée par un constat, déjà souligné par Marx : le capitalisme est en perpétuelle transformation, évolution. Objet d’étude dynamique, le capitalisme échappe sans cesse, par définition, à une conceptualisation définitive.

Si le capitalisme qu’on connaît aujourd’hui est souvent associé aux prémices de la révolution industrielle vers le début du XIX ème siècle, ces premières manifestations sont beaucoup plus anciennes, et remonte aux dynasties Égyptiennes. Cependant sans aller aussi loin il convient préalablement de situer le capitalisme industriel par rapport au capitalisme commercial auquel il succède directement. Le capitalisme commercial s’est développé entre le XVème et le XVIIIème siècle. Il s’agit d’un système économique encore largement rural du fait du maintien de la prédominance de l’économie agraire. Les progrès de l’agriculture sont lents. L’augmentation de la production tient plus à la mise en culture de nouvelles terres qu’a des améliorations de productivité. La production agricole est encore très dépendant des conditions climatiques avec des famines et des crises économiques. Le changement est issu des villes qui sont des foyers d’innovation et de croissance. C’est à partir des villes que se développe un capitalisme commercial, organisant l’espace en pôles urbains hiérarchisés. La clé de voute du système réside de grands ports qui représentent le cœur de l’économie. Après les villes italiennes au VXème siècle et au XVIème siècle, c’est Anvers puis Amsterdam qui constitueront un temps les pôles du capitalisme marchand. Ce capitalisme marchand se développe à partir du commerce lointain en s’appuyant sur des monopoles d’État (1602: Compagnie hollandaise des Indes-Occidentales; 1644: Compagnie française des Indes Orientales; 1709: Compagnie anglaise des Indes…) qui ont pour obligation de ne commercer qu’avec la métropole. Ce sont les grands marchands qui sont au cœur de ces activités et qui augurent de la constitution de la bourgeoisie face aux propriétaires fonciers. A cette époque, seul le commerce est source de profits importants. Le passage au capitalisme industriel s’effectue en partie grâce aux profits dégagés par le capitalisme commercial. Mais c’est surtout le developpement d’une proto-industrie, la révolution agricole et les transformations des mentalités et des institutions qui préfigurent le passage à un capitalisme industriel.

Le developpement d’une proto-industrie: La notion de proto-industrialisation a été formulé pour la première fois en 1972 par l’historien américain Franklin Mendels, dans un article intitulé « Proto-industrialisation: la première phase du processus d’industrialisation ». Il s’agit, par ce terme, d’insister sur l’apport de cette forme d’industrialisation comme préalable à l’industrialisation et au « factory system ». Les premières formes d’industries apparaissent dans le monde rural du fait de la proximité des sources d’énergie hydraulique (moulin, meunerie, papeterie et surtout industrie textile, mais aussi, moins connues, l’industrie du livre ou celle des armes), des zones forestières (hauts fourneaux et forges en bois) ainsi que de la disponibilité d’une main d’oeuvre bon marché. Cette forme d’industrie diffuse diffère de l’artisanat urbain, régi par les corporations, plus par sa souplesse organisationnelle que par les techniques employées. A l’origine il s’agit d’un système d’économie domestique fondé sur la pluriactivité des paysans. L’activité artisanale est pratiqué au sein de la cellule familiale, qui constitue un atelier autonome de taille modeste; l’échelle d’activité est limité et le travail manuel important. Le rôle des marchands se limite à l’achat des produits. Par la suite se developpe le « putting out system », qui introduit une division du travail à l’initiative des commerçants qui s’impliquent comme maîtres d’oeuvre. Ceux-ci organisent le processus de production de façon décentralisée à une échelle régionale mais en spécialisant les unités de production dans une opération. L’activité se déroule à domicile et l’outillage est la propriété du producteur. Les commerçants avancent la matière première et se chargent du transport et de l’organisation entre les différentes opérations ( filage, tissage, teinture…). Ces travaux, rémunérés à la tâche, interviennent en complément des temps morts de l’agriculture et s’effectuent dans le cadre familial en mobilisant le travail des femmes et des enfants, ce qui tendra au maintien de la natalité. En bout de chaîne, les artisans urbains et les commerçants s’occupent des finitions. La proto-industrialisation suit le « putting out system » en renforçant son importance et, notamment en introduisant la vente à l’exportation des produits. En picardie en 1785, une quinzaine de commerçants de toiles de lin de Saint-Quentin font travailler 60 000 fileuses et 6 000 tisserands. On parle alors de marchands-fabricants ou de marchands-manufacturiers, qui vont constituer une classe de bourgeois commerçants, d’où seront issus les futurs entrepreneurs industriels. A la fin du XVIIIème siècle, ils occupent selon les pays entre 25% et 30% de la population active. Cette première forme d’industrie constitue une ébauche décentralisée de la division du travail et structure les rapports entre les villes et les campagnes ou se concentre le travail. Les régions de proto-industrialisation seront souvent les premières régions industrielles du XIXème siècle.

Parallèlement on note aussi l’émergence de manufactures, pronées par les mercantilistes et mises en place à l’initiative des souverains. Il s’agit de manufactures d’Etat ou royales, créées et gérées par des entrepreneurs privées mais en bénéficiant d’un privilège royale. La manufacture est l’ancêtre de la fabrique en tant que première forme de travail concentré. Peu mécanisée, elle n’offre pas de différences sensibles de productivité par rapport au « putting out system » et utilise aussi le travail à domicile.

Le rôle de la révolution agricole: La théorie de Rostow en fait un point de passage obligé comme préalable au take-off (décollage). Pour lui, le rôle joué par la révolution agricole tient à son impact sur la disponibilité de la main-d’oeuvre pour l’industrie, à la fois du fait de la progression démographique et de la concentration urbaine résultant de l’éxode rural. L’effet sur la révolution industrielle est censé se réaliser au travers de trois composantes: l’exode rural, la progression de la productivité, tous deux liés aux enclosures, et enfin l’apparition d’une demande de produits métallurgiques liée à la mécanisation agricole. Le mouvement des enclosures relève d’une pratique consistant à enclore les terres jusqu’alors laissés en libre accès, rendant inaccessible une partie du foncier, pour les activités d’élevage des communautés de paysans. Favorable à la constitution de grands domaines et aux innovations agricoles, elle réduit les potentialités de l’élévage et par là les revenus des paysans. Fortement critiqué pour leurs impacts sociaux négatifs, ces transformations sont intervenues des le XVème siècle et ont été très progressive, avec une accélération au XVII ème siècle. Les enclosures permettent la constitution d’un marché foncier et le passage de « l’open field » au système de propriété individuelle dans l’agriculture. Ce mouvement s’intensifie à partir à partir de 1760 en Grande-Bretagne et serait à l’origine du processus d’exode rural et d’urbanisation. Dès la fin du XVIIème siècle, enclosures et remembrements permettent la création de grandes fermes qui favorisent l’innovation et la productivité en rendant possible dans l’agriculture, la division du travail prônée à cette époque. De très nombreuses innovations interviennent: diversification des cultures, selection des grains et des races, utilisation d’engrais naturels, debut de la mécanisation avec la charrue (1731) et le semoir métallique (1733), suppression de la jachère… En France, à cette même époque l’Etat organise l’innovation dans le secteur agricole en crééant des haras et des fermes expérimentales. Au total, entre 1700 et 1750 on estime que la productivité a augmenté de 25% en Grande-Bretagne, entrainant une augmentation de la production et une baisse des prix agricoles. Cette baisse des prix agricoles libère une partie du pouvoir d’achat des ménages au profit des nouveaux secteurs ( textile en particulier), ce qui constitue l’effet le plus marquant, bien qu’indirect, de la révolution agricole sur la revolution industrielle. Les seuls cas d’effets directs d’industrialisation concernent des pays très particuliers; le Danemark et les Pays-Bas ou dans les années 1860, des industries agroalimentaires performantes se sont developpées en exportant vers le marché anglais.

La transformation des mentalités et des institutions; Deux éléments vont être à la base des ces transformations et vont accompagner, voire favoriser, les changements des systèmes productifs.

Tout d’abord, la légitimiation du travail et de l’épargne par le protestantisme; L’avènement du protestantisme, porteur d’une nouvelle idéologie en faveur de l’épargne et de l’accumulation, va permettre l’avènement d’un nouveau modèle, celui de l’entrepreneur bourgeois. Le rôle du protestantisme comme moteur du developpement du capitalisme a été montré dès l’origine au XVIIIème siècle par Montesquieu. Dans son ouvrage « De l’esprit des lois » en 1748, il identifie trois sources au developpement de l’Angleterre; La religion, le commerce et la liberté. Mais c’est surtout à Max Weber que l’on doit la reconnaissance de ce facteur dans son ouvrage « L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme » en 1904. Pour cet auteur la réforme autorise le prêt à intérêt et permet un changement de représentation de l’argent et de l’enrichissement fondé sur le travail par rapport à la morale catholique qui condamne l’accumulation et la richesse. Avec le protestantisme, l’enrichissement devient une vertu au sens où il est la récompense d’un travail et le signe de la grâce divine. L’idéologie bourgeoise du travail bien fait, de l’accumulation et de l’épargne trouve un fondement rationnel et une justification morale. Le moteur du progrès n’est plus la dépense mais l’épargne. Comme le souligne Smith dans son essai sur « L’Origine de la richesse des nations », l’usine se substitue au palais.

Ensuite, l’utilitarisme et l’idéologie du marché: En réaction au rationalisme, l’importance accordée aux passions et aux émotions conduit à s’interroger sur ces sentiments pour distinguer, autrement que par la morale, les bonnes et les mauvaises passions. Le developpement du commerce apaise les tensions et renforce le sentiment de dépendance et de solidarité. Le marché devient alors une forme de socialisation et de réconciliation des divergences d’interêts individuels au niveau de l’interêt commun. Le gouvernement se doit donc de le généraliser, et Smith va reprendre ce raisonnement. Cependant, c’est à Bentham que l’on doit la termininologie d’utilitarisme dans son ouvrage « Introducion aux principes de la morale et de la législation », publié en 1789. Il fonde le principe d’utilité, selon lequel tout ce qui augmente le bien-être total d’un individu est utile au plus grand bonheur du plus grand nombre. Partant de cela, pour Bertham la justice ne doit plus se rendre au nom du roi ou au nom de Dieu. C’est le recours au marché qui permet de mesurer ces sentiments car la valeur d’échange est représentative de la valeur accordée aux choses: le prix que l’on est disposé à payer mesure la valeur d’un plaisir, légitimant socialement l’importance du marché.

Comment le basculement du capitalisme industriel au capitalisme financier s’est il opéré ? Ce baculement est il dangereux ? Et si oui, pourquoi ?

I) Du capitalisme industriel au capitalisme financier.

Depuis la révolution industrielle jusqu’au milieu du XXème siècle, on constate que l’industrie est à la base du système capitaliste (A), cependant depuis les années 70, on assiste à l’émérgence d’un nouveau type de capitalisme non plus basé sur l’industrie, mais sur la finance (B).

A) L’industrie à la base du capitalisme jusqu’au milieu du XXème siècle.

1) L’innovation comme facteur d’expansion du capitalisme industriel.

Avant la révolution industrielle, l’économie était essentiellement agricole. Les besoins étaient principalement naturels. L’objectif essentiel était d’éviter les famines et il s’agissait de produire les subsistances. Le secteur primaire (agriculture) est essentiel. La production est avant tout agricole. L’entreprise est une ferme, c’est à dire une propriété. L’origine de la propriété a été le droit du premier occupant, et le droit de propriété est héréditaire. La propriété est terrienne, elle donne des fruits naturels. Le profit de l’entreprise agricole est constitué par la totalité des fruits. L’objectif est la survie, la persistance à très long terme du groupe humain. L’énergie animale est utilisée pour faciliter et améliorer le travail humain et compléter l’utilisation d’un outillage fabriqué artisanalement, la production reste dans un contexte naturel. Le capitalisme industriel s’est développé grâce aux innovations apportés par la revolution industrielle, débuté fin du XVIIIsiècle en Angleterre. Il y en a eut deux types :

a) Les innovations techniques.

– Les innovations techniques sont liées à la mise en application d’inventions dans différents domaines. D’abord dans le domaine de l’électricité avec l’apparition de l’électrolyse et de l’électrométallurgie . On assiste à des innovations également dans le secteur du pétrole avec le moteur à quatre temps en 1876, l’allumage électronique en 1884 et le moteur diesel en 1892, innovations qui annoncent d’ailleurs le développement spectaculaire de l’industrie automobile aux USA en en France avant 1914. D’autres innovations sont nées de l’émergence de la chimie organique qui utilise les produits carbonés fournis par le charbon et le pétrole : on voit l’apparition de colorants, de fibres chimiques et des premières matières plastique avec la viscose en 1909. On voit aussi apparaître en 1888 grâce à Kodak le premier appareil photo grand public et en 1895 le cinéma grâce aux frères Lumière. Au niveau des télécommunications, on assiste à la naissance du télégraphe et aux débuts du téléphone. Toutes ces innovations donnent naissance à de nouvelles entreprises et à une diversification de l’industrie annonçant la société de consommation à venir.

De plus, on voit le développement des transports maritimes avec l’apparition des steamers qui remplacent peu à peu les voiliers et qui prennent de plus en plus de tonnage : un steamer pesait environ 40 000 tonneaux contre 1000 pour un voilier. On creuse alors des grands canaux comme Suez et Panama.

Les progrès de la sidérurgie permettent de fabriquer de la fonte et de l’acier plus facilement et plus rapidement avec notamment les procédés Bessemer et Martin et on voit donc une augmentation de la production mondiale d’acier. En 1850 étaient produites 18 millions de tonnes d’acier contre 75 en 1914. Cela permet la fabrication de chemins de fer, de wagons et de locomotives avec traction vapeur. – Ces innovations arrivent en grappe, en groupe : électricité, charbon, pétrole … Cette théorie est celle de Schumpeter. Ces innovations portent en germe la société de consommation. L’accélération de la croissance est donc cyclique à cause du rythme inégal d’arrivée des innovations ce qui peut conduire à des crises.

b) Les innovations financières.

Les banques : Les banques nées au Moyen-âge pratiquent, jusqu’en 1850, seulement l’échange des devises étrangères, ce qui permet de tirer un léger bénéfice, et le rachat aux commerçants de leurs effets de commerce. Les effets de commerce étant un papier que possédait le commerçant en acceptant d’être payé à terme par un client et qu’il pouvait vendre à la banque moyennant un escompte s’il avait besoin de liquidités. Les banques pouvaient également placer des titres comme des actions de compagnies commerciales ou des rentes d’emprunt d’Etat. Certaines banques étaient également émettrices de billets : en France uniquement la Banque de France, en Allemagne chaque état contrôlait sa monnaie et aux USA de multiples banques d’émission existaient.

Après 1850 on assiste à une explosion spectaculaire des banques dans de nombreux pays d’Europe Occidentale. Les banques de dépôt se créent, différentes des banques d’affaire. Ces banques s’adressent au grand public et encouragent les particuliers à venir déposer leurs argents, leurs capitaux. On crée alors les dépôts à vue avec de très petits intérêts et les dépôts à terme avec de plus fort intérêts. Est crée alors le compte courant assorti de l’usage du chèque : création de la monnaie scripturale, pratique qui a mis du temps à rentrer dans les mentalités notamment en France. On crée en parallèle des dépôts, les crédits avec donc la possibilité d’obtenir des liquidités fournies par la banque, d’abord pour les entreprises et très peu avant 1914 pour les particuliers. Il existe des prêts à court, moyen ou long terme avec des intérêts qui augmentent en fonction de la durée. La différence entre les taux de crédits et les taux de prêt dégage le bénéfices de la banque.

Se créent alors de nombreuses grandes banques. En Allemagne se créent des banques universelles (de dépôt et d’affaire) comme la Deutsche Bank en 1870 et la Dresdner Bank en 1872. En France apparaissent de grandes banques de dépôts sous le Second Empire comme le Crédit Lyonnais en 1863 et la Société Générale en 1864. Le Royaume-Uni possède déjà alors de très grandes et anciennes banques comme les Big Five : Westminster Bank en 1834, Lloyd’s en 1865, la Barclay’s ou bien encore les Millbrawkers, qui servent surtout aux capitaux familiaux, et la Colonies & Foreign Banks.

Le système bancaire anglais, installé dans la City à Londres, est très performant et très fiable. En 1914, le Royaume-Uni est la première place financière mondiale. Aux USA par contre, le système bancaire est florissant mais très anarchique. On y distingue trois types de banques : les National Banks, les State Banks et les Private Banks. Cette multitude de banques favorise la croissance mais nombreuses sont celles qui font faillite. Avant 1914, toutes les banques sont privées, y compris les banques émettrices car l’idéologie libérale rejette le rôle de l’Etat.

La monnaie : Elle peut avoir une fonction en temps que moyen de paiement. De plus, elle facilite les échanges, permet une mesure du prix et est un moyen d’accumulation, de thésaurisation et d’épargne, encore plus par le fait que les banques tentent d’encourager le dépôt.

Plusieurs types de monnaies existent. Tout d’abord la monnaie métallique. Au Royaume- Uni le monométallisme est de mise depuis 1816 et la Livre bénéficie d’un étalon-or. Le Royaume-Uni a ensuite opté pour la monnaie fiduciaire avec une couverture intégrale en or des billets émis : encaisse-or. En France, la monnaie métallique a été fondée sur deux étalons : or et argent ce qui pose un risque de spéculation dans les rapports or-argent, si bien qu’en 1878 la France bascule dans le monométallisme-or. La France joue elle aussi la carte de la monnaie fiduciaire avec encaisse-or. Aux USA, le bimétallisme est également pratiqué et il pose les mêmes problèmes qu’en France si bien que les USA se convertissent eux aussi au monométallisme en 1900 en même temps que sont développé les billets à cours légal (convertibles en or). Les banques ayant développé le dépôt et le crédit commencent à effectuer des virements, transferts qui sont réalisés à la banque par un jeu d’écriture. C’est la naissance de la monnaie scripturale. En 1914, les paiements aux USA et au Royaume-Uni sont effectués à 90% par chèque et à 75% en France.

On peut se demander si la diversification des monnaies participe à l’augmentation de la masse monétaire et si cette dernière est en relation avec l’augmentation de la production et de la consommation en général. On voit que malgré le fait que l’émission de monnaie soit limitée, la masse monétaire a été multipliée par 20 en 100 ans. On voit que pour ce qui est de l’augmentation de la masse, la monnaie scripturale est en première place suivie de la monnaie fiduciaire et enfin la monnaie métallique. On n’observe cependant pas de phénomène inflationniste car au XIXème siècle on produit en baissant les prix.

La question d’un système monétaire international se pose avant 1914. Il n’y a alors aucun accord international, les échanges internationaux sont donc réglés d’abord en or mais dans les faits la puissance du Royaume-Uni lui permet d’imposer la Livre comme monnaie d’échange. Se met donc en place un système monétaire international sans concertation, ce qui limite quelque peu les possibilités d’échange. Ce système sera remis en cause par la guerre de 1914-1918.

Les bourses : Elle sont le lieu où sont vendues les actions, c’est à dire une partie du capital d’une entreprise. Contre le risque de faillite on reçoit une partie des revenus de l’entreprise, les dividendes. Les actions peuvent également gagner de la valeur.

Ces innovations apportées par la révolution industrielle ont transformées la société. Le système sera qualifié de capitalisme, en opposant les possédants, qui ont un patrimoine qui s’accumule à chaque génération à ceux qui louent leur ouvrage, le cas échéant à la journée, les journaliers.

2) Les boulversement culturels et sociaux d’une telle économie sur la société. a) Ouvriers et bourgeois : deux mondes qui s’ignorent.

La condition ouvrière est très dure durant la Révolution Industrielle. La faiblesse relative des salaires, bien qu’en hausse, les conditions de travail très pénibles ainsi que la dégradation des conditions de vie dans des banlieues industrielles sales, insalubres, bruyantes entraînent une paupérisation de cette couche de la population, bientôt majoritaire au XXème siècle. Les ouvriers consacrent 2/3 du budget pour leur nourriture, ce qui laisse peu de marge. Cependant, les programmes sociaux de quelques grands patrons, et surtout l’intervention de l’état dans le domaine économique par la législation du travail permettent une amélioration relative et limitée mais bienvenue. Cette amélioration est surtout due à l’action des ouvriers par le biais des syndicats.

La révolution industrielle est l’occasion de l’ascension sociale d’une nouvelle couche de la population : la classe moyenne urbaine : fonctionnaires, professeurs, avocats, médecins, ingénieurs. Ses aspirations sociales la poussent à s’extraire et se différencier du prolétariat dont elle est souvent issue, et rêve d’accéder à la bourgeoisie dont elle imite les modèles.

La bourgeoisie est la grande gagnante de la révolution industrielle. Les patrons des grandes entreprises font fortune et deviennent des acteurs incontournables de la société du XIXème siècle. Leur ascension est fondée non sur la naissance mais sur la fortune. Ces patrons développent les valeurs de la bourgeoisie qui deviennent les valeurs dominantes de la société contemporaine : travail, mérite, libéralisme, autorité du père, rôle subalterne de la femme, valeurs chrétiennes (charité…). Certains fondent des oeuvres caritatives et encadrent la vie de leurs ouvriers qu’ils améliorent mais qu’ils contrôlent aussi plus étroitement : c’est le paternalisme social. Le patron fait véritablement figure de père de ses employés mais aussi de sa ville voire de sa région. Exemple : Peugeot et le pays de Montbéliard, Michelin qui fait de Clermont-Ferrand la ville du pneu et de sa famille, Rotschild en Angleterre, Agnelli en Italie… La bourgeoisie est cependant une classe sociale hétérogène : on distingue la haute bourgeoisie, très aisée, de la petite bourgeoisie dont le train de vie est plus modeste.

b) Naissance d’une société de consommation.

Les inventions et découvertes scientifiques, au départ réservé à une élite, pénètrent peu à peu dans les foyers et simplifient la vie quotidienne des familles, surtout des femmes. L’apparition des grands magasins et l’essor de la publicité reflètent cette évolution du mode de vie et de consommation. L’allongement du temps libre, consacré par la mise en place de congés payés en 1936 en France, permet le développement des loisirs (sport, cinéma…) et les débuts du tourisme populaire.

Au début de la production automobile, rares étaient ceux qui avaient les moyens de s’acheter un véhicule ; seuls les plus riches , bourgeois et membres des classes moyennes, pouvaient espérer acquérir ce qui était un objet de luxe. Avec l’abaissement des coûts de production et la baisse progressive du prix d’une automobile, l’automobile s’est peu à peu popularisée. La mise en place de systèmes de crédits a de plus permis à bien des foyers de s’équiper, initiant ainsi l’ère de la société automobile.

Le cinématographe, inventé par les frères lyonnais Lumière en 1895, devient très rapidement populaire. Le « muet » est illustré par plusieurs générations de grands cinéastes, comme l’Anglais Charlie Chaplin. Il devient parlant à la fin des années 1920 et son succès devient alors considérable : il favorise l’essor d’une culture de masse (= ensemble des pratiques culturelles qui se diffusent dans toutes les couches de la société à l’âge industriel).

Cependant depuis les années 70, on assiste à l’émérgence d’un nouveau type de capitalisme non plus basé sur l’industrie, mais sur la finance, dont les fondements lui sont propres.

B) Les fondements de la puissance du capitalisme financier.

Capitalisme financier est un terme péjoratif utilisé par les opposants au capitalisme pour désigner une sorte de capitalisme qui serait déconnecté de «l’économie réelle» et où l’importance accordée à l’actionnaire serait largement excessive. Comme le remarque l’économiste Geaorges Lane, le capitalisme est par définition financier. En effet, par capitalisme, on entendra, au sens large, un système caractérisé par la propriété privée des moyens de production. Or la finance, en permettant l’échange de ces droits de propriété, est consubstantielle au capitalisme liberal. Parler de «capitalisme financier» est donc un pléonasme. Comme le note Georges Lane, «n’y a-t-il pas plus beau pléonasme que cette expression de « capitalisme financier »?».

Il ne fait guère de doute que les trois décennies qui se sont écoulées depuis la fin de la période de forte croissance ont marqué une nouvelle étape dans l’histoire du capitalisme auquel on associe l’émergence d’un nouveau régime d’accumulation, qualifié de régime d’accumulation à dominante financière, de régime de croissance patrimoniale, de régime de croissance tiré par la financiarisation. Le trait essentiel du capitalisme contemporain est la remontée en force du capital financier. La puissance du capital financier se manifeste par l’importance croissante des opérateurs de mise en valeur du capital-argent porteur de revenus et de façon conjointe, par le premier rang desquels figurent les fonds de pensions et les mutuels. La domination contemporaine du capitalisme financier résulte de la conjonction de trois séries de facteurs rendu possible par le phénomène de mondialisation.

1) La mondialisation.

La mondialisation est le processus d’ouverture de toutes les économies nationales sur un marché devenu planétaire. La mondialisation est favorisée par l’interdépendance entre les hommes, la déréglementation, la libéralisation des échanges, la délocalisation de l’activité, la fluidité des mouvements financiers, le développement des moyens de transport, de télécommunication… Depuis le début des années 1990, la «mondialisation» désigne une nouvelle phase dans l’intégration planétaire des phénomènes économiques, financiers, écologiques et culturels. La Première Guerre mondiale puis la grande dépression des années 1930 suscitent la montée des nationalismes étatiques, une fragmentation des marchés, le grand retour du protectionnisme. La mondialisation n’est plus à l’ordre du jour jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La guerre froide et la constitution des blocs figent ensuite le monde pendant près d’un demi-siècle. Pourtant, la mondialisation actuelle est déjà en train de se mettre en place. Jacques Adda la définit comme «l’abolition de l’espace mondial sous l’emprise d’une généralisation du capitalisme, avec le démantèlement des frontières physiques et réglementaires». Selon l’OCDE, elle recouvre trois étapes:

• L’internationalisation, c’est-à-dire le développement des flux d’exportation ;

• La transnationalisation, qui est l’essor des flux d’investissement et des implantations à l’étranger

• La globalisation, avec la mise en place de réseaux mondiaux de production et d’information, notamment les NTIC (nouvelles technologies d’information et de communication).

La mondialisation actuelle, ce «processus géohistorique d’extension progressive du capitalisme à l’échelle planétaire», selon la formule de Laurent Carroué, est à la fois une idéologie – le libéralisme –, une monnaie – le dollar –, un outil – le capitalisme –, un système politique – la démocratie –, une langue – l’anglais.

A chaque phase de mondialisation, on retrouve les mêmes constantes: révolution des transports et des moyens de communication, rôle stratégique des innovations (les armes à feu au XVème siècle, la conteneurisation après la Seconde Guerre mondiale, Internet depuis les années 1990), rôle essentiel des Etats mais aussi des acteurs privés, depuis le capitalisme marchand de la bourgeoisie conquérante à la Renaissance jusqu’aux firmes transnationales et aux Organisations Non Gouvernementales aujourd’hui.

Cependant cette mondialisation est avant tout une globalisation financière.

C’est le «doux commerce», selon la formule de Montesquieu, qui fonde la mondialisation: ce que les Anglo-Saxons appellent globalisation (le terme mondialisation n’a pas son équivalent anglais) est né d’un essor sans précédent du commerce mondial après 1945. Depuis cette date, les échanges progressent plus vite que la production de richesses. Ils sont dopés par la généralisation du libre- échange, avec la mise en place du Gatt (l’accord général sur les tarifs et le commerce) en 1947 et la création de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en 1995.

La mondialisation actuelle est d’abord et avant tout une globalisation financière, avec la création d’un marché planétaire des capitaux et l’explosion des fonds spéculatifs. La fin de la régulation étatique qui avait été mise en place juste après la Seconde Guerre mondiale s’est produite en trois étape : d’abord, la déréglementation, c’est-à-dire la disparition en 1971 du système des parités stables entre les monnaies, qui se mettent à flotter au gré de l’offre et de la demande ; ensuite, la désintermédiation, possibilité pour les emprunteurs privés de se financer directement sur les marchés financiers sans avoir recours au crédit bancaire ; enfin, le décloisonnement des marchés: les frontières qui compartimentaient les différents métiers de la finance sont abolies, permettant aux opérateurs de jouer sur de multiples instruments financiers. Grâce aux liaisons par satellite, à l’informatique et à Internet, la mondialisation se traduit par l’instantanéité des transferts de capitaux d’une place bancaire à une autre en fonction des perspectives de profit à court terme. Les places boursières du monde étant interconnectées, le marché de la finance ne dort jamais. Une économie virtuelle est née, déconnectée du système productif: au gré des variations des taux d’intérêt des monnaies et des perspectives de rémunération du capital, la rentabilité financière des placements devient plus importante que la fonction productive. Les investisseurs peuvent choisir de liquider une entreprise, de licencier ses salariés et de vendre ses actifs pour rémunérer rapidement les actionnaires.

2) Le capital financier correspond à la forme idéalisée de fonctionnement du capitalisme.

Logique dans laquelle la détention d’un droit de propriété confère à son détenteur un pouvoir d’appropriation de la richesse. Faire de l’argent avec de l’argent, le métier des financiers, est certes une activité antérieur au capital industriel aussi bien qu’au capitalisme en tant que système social. Mais, parce-que l’argent représente à la fois la forme de la richesse la plus indépendante de toutes les contingences, la plus intangible, en même temps qu’il confère à son détenteur la puissance sociale, il résulte que les nations sont saisies du vertige de vouloir donner au capital-argent, la propriété « naturelle » d’être porteur de revenus financiers, en un mot d’être du capital financier. La vigoureuse expansion de l’industrie manufacturière, qui a commencé avec la révolution industrielle en Angeleterre, a certes contenu les prétentions du capital financier, bien que, déjà à cette époque, les crises industrielles fissent resurgir périodiquement avec une violence inouïe que déprécier la monnaie de crédit ébranlerait tous les rapports existants. Aussi la valeur des marchandises est-elle sacrifiée pour garantir l’existence mythique et autonome de cette valeur qu’incarne l’argent. Lors que ces crises, la première marchandise sacrifiée, c’est la force de travail licenciée ou dévalorisée. Mais dès la fin du XIX me siècle, lorsqu’il devient le fer de lance de la conquète du monde par les grandes puissance impérialistes, le capitalisme financier conquiert une position déterminante. Ses traits rentier, c’est à dire sa capacité à prospérer par appropriation de la valeur, sans s’engager dans la production, réapparaissent avec force. Puis la destruction massif du capital fictif lors de la crise de 1929 et de la seconde guerre mondiale, les besoins de l’accumulation de capital productif aux fins de reconstruction, les politiques keynésiennes mirent au moins provisoirement les institutions et organisations du capital financier dans une situation relativement subordonnée au capital industriel pendant la forte expansion économique de l’après seconde guerre mondiale.

3) Le triomphe des politique néolibérales.

A la fin des années 70, les politiques néolibérales triomphèrent. Ce sont elles qui créèrent un cadre institutionnel, dont les dimensions politiques, réglementaires et idéologiques ont été totalement favorables à la finance. Comme le montre André Orléan dans son ouvrage « le pouvoir de la finance », ces politiques ont considérablement renforcé la liquidité du capital, « création des hommes de la finance ». Cette capacité du capital-argent porteur de revenus à se valoriser en tant que tel grâce à la libéralisation et à la déréglementation a été porté à un point extrêmement élevé grâce à l’émergence au premier plan d’organisations du capital financier. Les fonds de placement collectifs (fonds de pension, mutuelles et spéculatifs), les banques, dont les frontières des activités se sont déplacées (elles sont souvent actives dans la création de fonds de placement) ont ancré la domination du capital financier au coeur des groupes engagés dans la production industrielle, dont la logique financière s’est faite de plus en plus pesante. On mesure le degré atteint par cette soumission au capital financier avec la faillite d’Enron et d’autres groupes financiers industriels américains majeurs. Parce que les groupes à production industrielle sont désormais considérés par le capital financier comme des « actifs de rendement » sur les marchés financiers, c’est l’ensemble de leur architecture financière et comptable qui a été reconfigurée dans les années 90. Le problème revêt donc une ampleur qui dépasse largement la question de fraudes ou malversations sur les comptes. Au fondement de la crise qui frappe ces groupes, leurs actionnaires et les « marchés » financiers, on trouve le désir insatiable de multiplier les occasions de « faire de l’argent avec l’argent », et cela grâce à un ensemble de pratiques financières et comptables qui ont non seulement débridées la création de « capital actif » mais ont logé celle- ci au coeur des groupes industriels, à un niveau beaucoup plus élevé que dans les années 20. On notera au passage que ce que l’on appelle la déréglementation des marchés financiers est en réalité la mise en place d’un ensemble de mesures validées par le législatif ou l’exécutif qui ont donné au capital financier toute latitude pour accroitre son emprise et capter d’immenses ressources.

4) Le changement de rapports de forces entre le capital et le travail.

Ce changement a été, au cours des années 80, un facteur favorable à la constitution d’un puissant capital financier. Le déplacement du centre de gravité vers les organisations du capital financier rappelle que la dynamique de l’évolution capitaliste ne se réduit pas à une « mécanique des quantités globale » (Perroux). Elle met en jeu des forces sociales qui se cristallisent dans des organisations, et dont la rencontre et l’affrontement se réfractent dans des institutions. La domination du capital financier ne modifie pas la nature des rapports sociaux qui fondent et structurent le capitalisme, elle change néanmoins la place et la configuration des institutions, puisque celles ci reflètent les relations sociales, dans leurs rapports de force comme dans leurs compromis. Le débat sur la relation entre le capital financier et ses dimensions sociales avait été lancé au début du siècle avec l’ouvrage de Hobson qui, reprenant la phrase de James Mill, selon lequel le « système colonial est un exutoire pour les classes supérieurs » considéré que l’impérialisme reflétait les intérêts de certaines classes sociales. Cette relation fût au coeur des travaux des théroriciens de la deuxième internationale. Lénine notait que des fractions de la classe ouvrière des métropoles pouvaient être associées aux politiques d’annexion en échange de certains avantages matériels provisoires qu’ils en retiraient. Joseph A. Schumpeter, en désaccord avec l’analyse marxiste de l’impérialisme qu’il jugeait trop « économiciste », recherchait également les ressorts de l’impérialisme dans l’intérêt qu’y trouvaient certains groupes sociaux.

Si l’industrie a été à la base du système capitaliste jusqu’au milieu du XXème siècle, depuis les années 70, on assiste à l’hégémonie d’un nouveau type de capitalisme basé sur la finance.

II) La finance à la base d’un nouveau type de capitalisme.

La transformation du système économique depuis trente ans a consacré la domination absolue du capital financier, entrainant de profondes mutations (A), et engendrant d’importantes inégalités (B).

A) Les mutations apportées par le capitalisme financier.

A la fin du Xxème siècle (à partir de 1979), un ensemble de décisions politiques ont eu comme objectifs d’abolir les limites fixées à la rentabilité du capital par l’existence d’un Etat social développé. Ces politiques délibérées prises aux USA, en Grande Bretagne et dans toute l’Europe ont voulu et organisé la toute puissance du capitalisme financier. Désormais, c’est sa loi qui s’impose et cette loi est simple: avoir le taux de rentabilité le plus élevé possible, le plus rapidement possible. Le triomphe du court terme sur le long terme a eu d’importantes conséquences.

1) Une logique spécifique de mise en valeur du capital.

Déjà Marx avait souligné les effets d’un triomphe possible d’un régime «court» d’accumulation sur un régime «long». Dans ce dernier la création de richesse passe par la production alors que le régime court cherche à en faire l’économie en plaçant l’argent sur les marchés financiers de manière purement spéculative pour obtenir un capital le plus élevé possible. Mais cette valorisation du capital ne peut se faire dans un univers virtuel. La rentabilité obtenue par la finance puise ses racines dans l’économie réelle. Le système mis en place est en effet un système de captation de la richesse sociale par la sphère financière. Par exemple, dans un premier temps, l’augmentation décidée des taux d’intérêts et de la dette publique des principaux pays développés a entraîné des transferts de capitaux massifs. Ces taux d’intérêts élevés, supposés permettre la lutte contre l’inflation, ont en réalité permis l’enrichissement et la fortune des rentiers du monde entier!

L’exigence de rentabilité pèse aussi sur la sphère productive et y a profondément modifié les rapports sociaux. La célèbre recherche de «création de valeur» n’est pas une demande de marchandises et de services répondant aux besoins sociaux mais une exigence de production d’une plus value boursière. La «valeur» dont il s’agit est celle qui revient aux actionnaires et nombreux sont les outils pour accroître la valeur des actions… Ainsi par exemple du rachat d’une entreprise par une offre publique d’achat suivie de licenciements ou encore d’une annonce de licenciements futurs ou d’une délocalisation dans un pays où les salaires sont moins élevés, indépendamment de la question de savoir si cette entreprise est déjà profitable … La logique de rentabilité à court terme, les fameux 15% exigés par certains actionnaires, nécessitent une réduction importante de ce que les économistes appellent «coûts de production» et qui sont pour l’essentiel constitués de la rémunération des salariés.

Ces transformations du capitalisme, ce que certains appellent le néolibéralisme, ont ainsi rétabli la liberté du capital. Fondamentalement, ce néolibéralisme correspond ainsi à la réaffirmation du pouvoir de la finance après une période de perte de son hégémonie. Le début du XXème siècle, avant la première guerre mondiale, avait en effet déjà connu une telle caractéristique. Nous assistons donc à la seconde période d’hégémonie de la finance.

Cette reprise du pouvoir correspond à la réaction de la classe des possédants suite à la baisse graduelle du taux de profit dans les principaux pays capitalistes développés à partir des années 60. Ce n’est qu’après «le coup de 1979» que ce taux est progressivement remonté. La croissance des taux de profit a été de 8 à 9 % par an dans les années 90. Le retour de la rentabilité du capital, permis par la rigueur salariale, la flexibilité de l’emploi, les délocalisations, la sous traitance et le chômage, la hausse de la productivité du capital et de la part des profits dans la Valeur Ajoutée est ainsi la marque du succès politique du néolibéralisme. Ce processus a débouché sur une forte croissance de la concentration du capital suite au processus de fusion-acquisition et la modification des objectifs de managers dont le pouvoir est plus fort que jamais. Le manager-financier se coule désormais dans le moule de la finance et ses priorités sont devenues très différentes de celles du manager-industriel: les valeurs de la finance ont triomphé. L’exemple le plus frappant réside sans doute dans la puissance acquise par les fonds d’investissement et leur stratégie. Il en va ainsi du succès des LBO (Leverage buy out) qui permettent à ces fonds d’acquérir d’autres entreprises en s’endettant et en les revendant rapidement afin de bénéficier d’une plus value permettant de rembourser tout en s’assurant un taux de rendement de près de 25% par an. Certaines petites et moyennes entreprises françaises ont ainsi changé de propriétaire 4 fois en dix ans.

Les vagues d’OPA (Offre Public d’Achat) géantes successives dans les années 90 ont abouti à la concentration des actions d’entreprise dans les mains de ces puissantes institutions financières. On a ainsi assisté à un véritable transfert de propriété: aux USA, la part des investisseurs institutionnels dans la détention d’action est passée à 21 % des actions pour les fonds de pensions, 19% pour les mutuals funds et 8% pour les assurances…les ménages n’en détenant plus que 36 % et même seulement 16% en Grande Bretagne. Dans le même temps, on assiste à une réduction de la durée moyenne de détention des actions, on serait passé d’une moyenne de 2 ans à 8 mois. La recherche de la performance financière toujours plus élevée est au coeur de ces évolutions. Ceci a conféré à ces institutions financières le pouvoir de revendiquer collectivement des retours élevés sur leur placement. Les managers ont surtout répondu à ces exigences de rentabilité par des politiques de croissance externe offrant des plus values financières élevées mais aussi en présentant des résultats financiers les plus favorables possibles quitte à maquiller les comptes ( exemple; scandale Enron et bien d’autres ..). De ce fait le pouvoir managérial a été capable de contourner le pouvoir actionnarial mais ce au prix des scandales financiers et d’une intensification du travail.

Il y a un lien fort entre l’économique et le social. Les conséquences économiques ont été 15

dévaforables à la croissance; faiblesse de l’investissement et exigences de distribution de dividendes aux actionnaires conduisent au chômage de masse devenu permanent et à ses dramatiques conséquences sociales. Au total, ce sont donc les salariés qui payent le prix du pouvoir de la finance. C’est la réduction des coûts, les restructurations des groupes autour de segments d’activité les plus rentables, les rachats d’action, … C’est cette situation qui explique la segmentation croissante des marchés du travail et la montée des inégalités dans les statuts et les rémunérations des salariés ainsi que l’accroissement de la précarité. Ainsi par exemple Microsoft emploie à coté de ses 20000 salariés réguliers, 6 000 travailleurs temporaires ou encore en moyenne dans les secteurs de la haute technologie, c’est 10% des emplois qui sont précaires. Cette insécurité de l’emploi accrue par les menaces permanentes de délocalisation ou de recours à la sous traitance s’accompagne d’une augmentation des accidents du travail et des maladies professionnelles.

Les rapports sociaux en ont été également modifiés. Ainsi une poignée de cadres en ont profité: l’écart de rémunération entre un ouvrier et le Président directeru général de son entreprise s’est accru de 1 à 531 aux USA en 2000 contre 1 à 42 en 1980…Mais certains salariés par le jeu des bonus se sont également retrouvés en capacité de s’approprier une partie du profit! En outre, l’épargne des salariés, transformée en capital argent par de puissantes institutions financières, est devenue, dans les mains de ces dernières, un facteur d’instabilité économique, un outil de restructuration des entreprises selon une logique plus financière qu’industrielle et un instrument puissant de discipline du salariat qui a permis la déformation du partage de la valeur ajoutée en faveur de la rémunération du capital.

Les conséquences sociales et politiques sont importantes: les salariés retraités ne sont plus des épargnants mais deviennent partie prenante d’institutions dont le fonctionnement repose sur l’obtention de revenus fondée sur l’exploitation des salariés au travail. Les plans d’épargne salariale font de leurs bénéficiaires des individus déchirés, d’un côté le salarié et de l’autre un auxiliaire des couches rentières de la bourgeoisie. Cette configuration du pouvoir de la finance repose sur un compromis fondé sur le statut de détenteur de titres financiers : compromis des classes dominantes avec la fraction supérieure des cadres et des classes moyennes possédant des avoirs financiers directement ou indirectement à travers les fonds de pension ou de placement.

2) Un impérialisme d’un genre nouveau.

Ce pouvoir de classe s’accompagne d’un impérialisme américain très particulier. Certes l’impérialisme n’est pas qu’américain, les pays européens dont la France exploitent les matières premières de nombreux pays en développement de la planète. Cependant cet impérialisme américain présente certaines particularités.

Il est connu que le déficit américain est couvert par l’afflux d’épargne internationale. Cepandant ce n’est déjà pas banal comme situation puisque cela signifie que la puissance économique dominante vit, en fait surtout consomme, grâce à l’épargne des autres économies provenant de la richesse produite par ces autres économies… En d’autres termes, c’est parce que la richesse produite en Allemagne, au Japon et dans d’autres pays n’est pas totalement utilisée dans ces pays que les Etats- Unis peuvent couvrir leur besoin et donc les satisfaire grâce à la richesse des autres. Mais c’est là où une seconde caractéristique de la domination américaine doit être prise en compte. En 2000, les profits des entreprises américaines réalisés sur leur territoire étaient de 380 milliard de $. La même année, les agents économiques américains possédaient 3 488 milliard $ de placement dans le reste du monde qui ont rapporté … 381 milliards $. Le rapport entre profit intérieur et extérieur, qui était de 10% en 1950, est donc de 100% aujourd’hui. Bien sûr il y a aussi des flux de revenus dans l’autre sens mais ils sont sans commune mesure.

Pour être plus précis, le taux de profit provenant des filiales américaines à l’étranger ne cesse d’augmenter depuis «le coup de 1979». Ces profits représentent désormais plus de 53 % des profits intérieurs. Et les entreprises américaines ont annoncé pour 2005, 350 milliards de dollars de bénéfices rapatriés dont 14.5 pour HP qui a pourtant dans le même temps licencié des centaines de salariés en France. Bien sûr les firmes multinationales étrangères réalisent aussi des profits aux Etats-Unis mais ces profits ne représentent que 30% des profits américains. On a donc une relation très asymétrique où la mise en valeur du capital américain repose de plus en plus sur le reste du monde. Ces chiffres montrent que le capitalisme américain vit, en partie mais de plus en plus, de son exploitation du reste du monde. Cette relation asymétrique se voit enfin dans l’écart entre le rendement des placements. Alors qu’à la fin des années 70 la différence est très faible, depuis les années 80 les placements des agents américains ont rapporté en moyenne 4.2% de plus que les placements des étrangers dans ce pays. Si ces écarts sont difficiles à explique, un aspect réside dans les stratégies des multinationales qui jouent sur les différences mondiales d’imposition fiscale. Ainsi des entreprises comme Dell ou Microsoft concentrent leurs bénéfices en Irlande où ils sont très peu taxés et les rapatrient aux Etats-Unis. En 2001, les avoirs financiers des fonds de pension americains représentaient 2/3 des avoirs financiers des fonds de l’ensemble des pays de l’OCDE et ceux des mutuals fund américains, 56% du total. Un autre aspect tient à ce que certains appelent «dark matter», la matière noire, analogie avec l’astrophysique qui indiquent que les actifs américains dans le monde générant des profits sont mal comptabilisés (3.1 trillions de dollars d’actifs nets ne seraient pas comptabilisés selon certains auteurs).

Cette situation autorise des économistes comme Duménil et Lévy à estimer que «les Etats-Unis se sont transformés en un centre de collecte et de redistribution des profits. D’une part, ils tirent de très importants revenus du reste du monde par des investissements et placements particulièrement rentables, et, d’autre part, rétribuent un capital étranger à un taux inférieur». Au total on a donc, selon Duménil et Levy, une configuration économique particulière que l’on peut résumer comme suit: (1) le néolibéralisme a créé de formidables flux de revenus à l’avantage des couches les plus aisées; (2) un système puissant de drainage des revenus au plan mondial s’est mis en place, alimentant les revenus de ces couches (20% de la population américaine), qui (3) se sont engagées dans une consommation folle; (4) l’investissement, réduit dans le néolibéralisme, est maintenu à un niveau supérieur à celui que dicterait l’épargne nationale américaine grâce à l’apport de l’épargne internationale qui finance donc la dépense aux Etats-Unis. Il s’agit donc d’un impéria1isme dont les classes privilégiées s’adonnent sans fin à leur désir de consommer: «un impérialisme glouton».

Enfin, si au regard des objectifs annoncés par les partisans du néo libéralisme, le bilan économique dans le monde est mauvais: faible croissance, crise récurrente, chômage, déséquilibres permanents, … avec une explication à rechercher dans la répartition entre salaire et profit et à l’intérieur du profit entre part réinvestie et part redistribuée (on a assisté partout à une baisse de la part des salaires et de la part des profits réinvestis) dont la conséquence est visible aujourd’hui: tassement de la consommation et de l’investissement… et faiblesse de la croissance, ce n’est pas le cas aux Etats-Unis. C’est le seul pays dans lequel le régime d’accumulation financiarisé commandé par le capital de placement a été aussi un «régime de croissance». Selon leur logique, les objectifs sont atteints pour les Etats-Unis qui sont les seuls à profiter du néolibéralisme.

Les mutations apportées par le capitalisme financier sont importantes, à cela il faut ajouter le fait que ce dernier peut avoir des conséquences importantes entrainant de profondes inégalités.

B) Les dangers du capitalisme financier.

La transformation du système économique depuis trente ans a consacré la domination absolue du capital financier, engendrant d’importantes inégalités.

1) Les crises financières.

Une crise financière dénote une période de récession économique et de dévalorisation de certaines institutions financières. Elle se caractérise par un manque de liquidité généré par la forte demande d’argent qui surpasse l’offre. La liquidité disparaît car l’argent est extrait des banques pour couvrir la forte demande. Ce processus peut contribuer à la fermeture des agents économiques ou des banques si les créditées ne peuvent plus retourner la somme qu’ils ont retiré. Par conséquence, les banques (ou autres agents économiques) doivent soit vendre des ressources pour couvrir leurs pertes, ou faire faillite. Généralement, les crises financières apparaissent après des périodes de croissance économique, de prospérité ou d’activité économique élevée. Il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer une crise économique. La theorie, qui devient de plus en plus rependu dans les années 1990, dit que les politiques financières d’état comme les subventions, les investissements dans des secteurs non-profitables sont les vraies causes des crises économiques. Le gouvernement est, donc, vu comme le générateur des problèmes avec ses stratégies macroéconomiques souvent douteuses ou même incorrectes. La solution est, par suite, la libéralisation des marches et l’autogestion des entités économiques.

Par contre le libertinisme ou le contrôle économique ne sont pas les uniques causes de l’instabilité financière. D’autres éléments de l’environnement économiques sont à rechercher.

Les dettes que les individus cumulent par suite aux investissements massives dans l’immeuble et dans des objets de luxe peuvent devenir un problème. En pensant qu’ils pourront restituer ces dettes par une éventuelle augmentation de leur revenu, les gens continuent de consommer et d’emprunter. Leur dettes continue de croitre jusqu’au moment ou ils perdent totalement leur pouvoir d’achat. C’est quand un nombre assez grand de personnes deviennent faillites que la crise s’instaure.

Une autre cause est l’effet de levier. Cet effet consiste dans l’emprunt que certaines organisations ou individus prennent pour financer leurs investissements. Normalement, quand une entité économique investi son argent, le pire est qu’elle pout le perdre. Par contre, si elle a emprunté l’argent et l’investissement a échoué, elle ne perd pas son argent, mais l’argent d’une banque. Si cela se répète plusieurs fois, le risque de faillite de la banque croit. C’est pour cela que l’effet de levier est considéré comme une cause sérieuse des crises financières.

La corruption et la fraude causent parfois des turbulences dans le monde économique qui déstabilisent les bourses financières et qui amène aux pertes financières énormes. Les échanges boursiers illicites peuvent causer la dévalorisation des entreprises et compagnies – ce qui peut dérégler la circulation du capital. En 2008, des nombreux cas de fraude financière ont été découverts par suite des investigations dans les faillites des banques et agents immobiliers américains. Selon certains spécialistes, il y a une incidence de fraude d’environ 50% dans les documents financiers des créditeurs subprime.

Le rôle de la spéculation dans les troubles financières est aussi non-négligeable. Par la spéculation, certains individus peuvent profiter de l’affaiblissement ou la dévalorisation des certains institutions, organisations, biens ou même monnaies. Si le profit par voie de spéculation devient un trend, cela risque de dégénérer dans une dévalorisation en masse qui déclenche une récession.

Une autre cause importante de la crise financière est l’optimisme excessif dans le système économique et dans la croissance. Puisque la tendance générale est de croire que la croissance économique continuera sans arrêt, le nombre des investissements, mais aussi les sommes investies deviennent de plus en plus grandes. Cette expansion augmente les couts d’entretien et de fonctionnement des entreprises. Cela fait que des nouvelles ressources soient nécessaires pour le déroulement des activités financières. Comme l’avenir doit être abondent et riche (selon la tendance générale) les gens n’hésite pas de réinvestir. Ce cercle vicieux continue jusqu’au moment ou la croissance s’arrête. Puisqu’il n’y a plus de croissance qui couvre les dépenses de l’expansion – l’entreprise s’arrête de produire et la stagnation de capital commence (et cette stagnation amène éventuellement a une crise).

2) L’entreprise gouvernée par la finance.

Sous le régime qui a fonctionné jusqu’aux années 70, les dirigeants de l’entreprise concluaient des accords avec les salariés, organisant un partage des gains de productivité au sein de l’entreprise, un système qui avait permis de préserver la stabilité de la répartition de la valeur ajoutée. Le capitalisme financier consacre la fin de ce régime. Le modèle traditionnel d’entreprise, qui considère cette dernière comme une communauté d’intérêt entre ses trois partenaires (salariés, actionnaires et managers), a cédé la place à un nouveau modèle, qui donne la primauté absolue aux intérêts des actionnaires.

Cette domination des actionnaires a eu deux séries de conséquences : d’une part, l’objectif désormais affiché par les dirigeants est devenu la création de valeur actionnariale, c’est-à-dire l’augmentation du cours boursier de l’entreprise, et non plus la croissance de l’entreprise et de l’emploi. D’autre part, l’entreprise doit être gérée selon des principes nouveaux, qualifiés de gouvernance d’entreprise.

Ces nouvelles règles ont pour but d’inciter les managers à se conformer aux intérêts des actionnaires, même si ces derniers sont minoritaires (ce qui est le cas des investisseurs institutionnels). Elles s’articulent autour de trois grands principes : un renforcement du pouvoir d’investigation (création de comités d’audit) et de l’information des actionnaires, avec l’obligation pour les dirigeants de publier des résultats trimestriels et les profit warning(a) qui accentuent la gestion court-termiste des entreprises ; ensuite, une absence de mesures anti-OPA (offres publiques d’achat) pour maintenir la menace d’un changement de direction si l’entreprise n’est pas gérée conformément aux intérêts des actionnaires ; enfin, un nouveau mode de rémunération des dirigeants, c’est la technique des stock-options qui indexe la rémunération des cadres dirigeants sur la valeur boursière de l’entreprise et les incite à maximiser la valeur actionnariale.

3) Le « modèle unique » d’entreprise.

On assiste à une perte de la diversité des structures industrielles et commerciales. Grâce à la « pensée unique » économique, on converge vers un « modèle unique » pour toutes les affaires. Ce modèle, l’entreprise idéale des ultralibéraux, c’est la société anonyme, cotée en Bourse, dont la plupart des actions ne sont pas détenues par des actionnaires stables, mais demeurent entre les mains des investisseurs qui considèrent tous leurs placements comme temporaraires, à ne détenir que lorsque la hausse de leur valeur marchande est à prévoir sous des courts délais.

Une telle entreprise est grande ouverte aux ambitions des susdits organismes financiers. Elle est entièrement assujettie aux caprices du marché. Ses actions sont « hautement liquide », c’est-à-dire toujours facilement achetables ou vendables, toujours opéables.

Pourquoi préférer cette condition fébrile? Parce que la peur des actionnaires dominants et rapaces, ou des OPA, est censé forcer les dirigeants d’entreprise de rester toujours sur le qui-vive, indéfatigables à la recherche du meilleur rendement. Par quelles voies? Par la productivité (employer moins pour produire plus), par la compression sans relâche des autres coûts, par la production plus rapide, par le lancement de nouveaux (ou nouveaux-semblants) produits, par la conquête de marchés inexplorés, par des fraîches incitations à l’achat…..Le fouet des ultralibéraux ne cesse de craquer. On rêve d’une économie des entreprises acrobatiques. On souhaite que tous embrassent la Silicon Valley Attitude, stop for lunch and you are lunch: pausez pour manger, on vous mange.

4) Un capitalisme « déboussolé ».

Les scandales boursiers du début des années 2000 montrent les limites du pouvoir actionnarial. On a assisté à une succession de scandales, qui débute par la faillite du géant américain de l’énergie Enron, suivie par les affaires Worldcom (la plus grande faillite de l’histoire des Etats- Unis), Tyco, Qwest, Xerox aux Etats-Unis, et en Europe, Vivendi Universal, Ahold et Parmalat. Plus récemment, les scandales ont pris des formes variées, telles que les délits d’initiés massifs concernant EADS, relevés par l’Autorité des marchés financiers française. Les 21 principaux dirigeants du groupe ont réalisé des plus-values estimées à plusieurs centaines de millions d’euros en vendant leurs stock-options ou leurs actions avant que les déboires de l’A380 soient sur la place publique et provoquent l’effondrement des cours d’EADS. Ces événements démontrent que le capitalisme financier connaît un profond déficit de régulation.

Toutes ces affaires illustrent les limites de la gouvernance d’entreprise et l’incapacité des actionnaires à exercer un contrôle efficace sur les dirigeants des entreprises. Ainsi, les stock- options, qui avaient pour objectif d’inciter les managers à se conformer aux intérêts des actionnaires, se sont retournées contre ces derniers en amenant ces mêmes managers à prendre des risques considérables pour gonfler les cours boursiers de leur entreprise. De même, les différents acteurs du capitalisme boursier supposés contrôler les entreprises ne jouent pas vraiment leur rôle de contre-pouvoir face aux dirigeants, dont ils sont souvent les complices actifs ou passifs. C’est le cas des agences de notation, qui sont rémunérées par les entreprises qu’elles sont censées évaluer, ce qui est une source de conflits d’intérêts et explique pourquoi ces agences n’ont généralement pas la capacité d’anticiper les scandales ou les crises financières. C’est également le cas des cabinets d’audit : le grand cabinet américain Andersen avait conseillé Enron dans ses opérations frauduleuses, ce qui a entraîné sa mise en faillite.

5) Un capitalisme profondément inégalitaire.

Le capitalisme financier peut être qualifié d’hypercapitalisme car il donne un pouvoir exorbitant aux détenteurs du capital. Il exacerbe aussi au plus haut point les deux fléaux traditionnels du capitalisme : l’instabilité et les inégalités. L’instabilité est en effet au cœur du capitalisme financier, aussi bien dans les entreprises qu’au niveau macroéconomique, ainsi que l’illustre l’accélération des crises financières à l’échelle internationale depuis les années 90 et dont le dernier épisode est constitué par la crise des subprime de l’été 2007.

On constate également une montée des inégalités dans le partage des richesses et des revenus. L’un des principaux ressorts des inégalités est la mobilité internationale du capital organisée par les politiques néolibérales de libéralisation financière. Grâce à sa capacité à se déplacer, le capital financier met en concurrence à l’échelle planétaire non seulement les entreprises, mais également les pays (et leurs systèmes fiscaux et sociaux) et les travailleurs, ces derniers étant des facteurs de production très peu mobiles à la différence du capital. Il en a résulté un nouveau partage des revenus du capital et du travail, au profit des premiers.

Ce nouveau partage de la valeur ajoutée est à l’origine de la progression spectaculaire des profits des entreprises au cours des deux dernières décennies. Mais, en plus de la modification du partage salaires/profits, on assiste à une deuxième source de déformation de la répartition des revenus : c’est l’augmentation du taux de distribution des profits par les entreprises à leurs actionnaires. Ainsi en France, les dividendes distribués par les entreprises du CAC 40 à leurs actionnaires augmentent de 35 % en 2007, alors que les profits avaient progressé de 15 %.

De plus, les entreprises ne se contentent pas d’augmenter les dividendes versés, elles procèdent également à des rachats de leurs propres actions, afin de transférer un surcroît de profits aux actionnaires et de faire monter le rendement des actions (moins d’actions pour un même bénéfice donné). Les sommes versées aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions sont supérieures aux émissions d’actions par les entreprises. En 2006, les sociétés du CAC 40 ont levé un total de 37,5 milliards d’euros à la Bourse et ont versé 39 milliards à leurs actionnaires, soit un déficit de 1,5 milliard d’euros. Du fait de cette prédation des actionnaires, les entreprises s’appauvrissent.

Cette double déformation du partage des richesses s’est traduite par une explosion des inégalités de revenus. En France, les 3 500 foyers fiscaux les plus riches – sur un total de 35 millions – ont vu leurs revenus progresser de 42,6 % de 1998 à 2005. Pendant la même période, 90 % des foyers fiscaux ont dû se contenter d’une hausse moyenne de 4,6 % de leur revenu réel. Cette montée des inégalités est directement liée à l’envolée des revenus financiers, mais aussi à celle des très hauts salaires. Aujourd’hui, les patrons des grandes entreprises perçoivent en un mois ce que les salariés au bas de l’échelle des revenus gagnent en une vie entière de travail.

CONCLUSION

1) Le contrôle du capitalisme fianancier: Une nécessité.

Ainsi, à des degrés divers , toutes les économies ont souffert des effets directs ou indirects de la libéralisation financière. La crise ouverte en septembre 2008 marque d’ores et déjà une nouvelle période dans l’histoire du capitalisme. En effet, trois critères livrent un diagnostic convergent.

Les plans de relance par la dépense publique et de sauvetage du système financier ne débouchent pas sur une reprise endogène. Le redressement du crédit privé comme moteur de la consommation des ménages et de l’investissement n’était toujours pas intervenu au printemps 2011. Il ne s’agit donc pas d’un cycle économique traditionnel d’une plus grande ampleur mais bien d’une rupture des régimes de croissance nationaux, et plus encore des mécanismes de coordination à l’échelle internationale.

Cette rupture des déterminismes économiques antérieurs se traduit pas l’affrontement de stratégies contrastées, tant à l’échelle nationale, qu’internationale. Certains gouvernements continuent à privilégier un soutient à la conjoncture alors que d’autres considèrent qu’il importe de réduire l’endettement public car ce serait la source du blocage de la reprise. Plus fondamentalement, les défenseurs du marché attribuent à une incertitude radicale de l’application de la loi de re- reglementation financière américaine la progressive décélération de la croissance. A l’opposé, ce serait l’inachèvement d’un New « new » Deal qui expliquerait le désarroi des agents privés incapables de détecter les contours d’une croissance tirée par la réduction des inégalités et des technologies de l’environnement.

En conséquence, le politique prend le pas sur l’économie et c’est l’aptitude à construire une coalition politique viable qui determine très largement les possibilités de sortie de la crise. Face à ce constat, il est important de montrer les raisons du retour de l’Etat Nation, puis d’expliciter une série de stratégies cohérentes dont la realisation dépend de compromis institutionnalisés.

2) Le retour de l’Etat

Les sorties de crise posent un problème d’action collective. Idéalement, elle devrait porter sur la coordination entre les divers Etats-Nation afin de dégager des règles communes de fonctionnement en matière de régime de change, commerce international et marchés financiers. Si on examine les modestes résultats des sommets du G20 à Londres, Pittsburg, Toronto puis Séoul ou encore l’absence de nouvelles règles régissant les relations entre les entreprises et les salariés, cette voie s’avère fort difficile, spécialement dans une période de crise qui exacerbe les conflits d’interêts. La seconde forme d’action vise à l’établissment de règles par les acteurs eux-mêmes. Ainsi dans le passé, la City de Londres était renommée pour sa capacité à dégager des règles d’autoreglementation, sans intervention directe de l’Etat. La faillite de Northern Rock et les nationalisations qui s’en suivent ont montré les limites de cette stratégie. De la même façon, la large autonomie concédée aux financiers de Wall Street est loin d’avoir conduit à ce qu’ils dégagent des règles leur permettant d’éviter la crise systémique qui a fini par ruiner leur respectabilité.

Face à ce double échec, l’intervention tous azimuts de l’Etat fait un retour remarqué, tant aux Etats- Unis qu’en Angleterre, mais aussi en Europe et en Chine. En effet, l’essentiel du pouvoir politique demeure au niveau de l’Etat Nation. Das le cas d’un embryon d’Etat supranational tel que l’Union Européenne, l’ampleur de la crise a d’abord suscité des réponses nationales avant que se négocie laborieusement une stratégie commune concernant le traitement du risque de défaut de la dette souveraine d’un Etat membre.

Ce n’est guère surprenant car l’Etat Nation conserve trois attributs essentiels pour réagir aux crises structurelles et systémiques.

– D’abord, il a la charge d’exprimer une série de compromis institutionnalisés qui, eux-mêmes, sont le reflet et la condition de l’insertion de l’économie nationale dans les échanges mondiaux. On n’observe rien de tel au niveau multinational.

– En second lieu, à travers la succession des divers régimes de croissance et de leurs crises, chaque pays s’est constitué un répertoire d’outils légitimes en matière de politique économique. En l’occurence ces traditions nationales sont très contrastées et c’est bien sûr un second obstacle à une coordination transnationale de la gestion des crises.

– Enfin, l’Etat Nation, tout au moins dans les pays de vieille industrialisation, dispose d’un appareil légal administratif capable de mettre en oeuvre une stratégie une fois décidée par le politique. Le contraste est frappant avec les méthodes de coopération ouverte, de contrôle par les pairs ou encore celles dites « Naming and Shaming », chères aux organisations non gouvernementales. Ces méthodes de gouvernance réputées modernes ont un bien faible pouvoir comparé à la puissance que conserver un gouvernement.

A cette analyse essentialiste des pouvoirs de l’Etat Nation il convient d’ajouter un certain nombre de facteurs plus conjoncturels mais favorables à une récupération des capacités d’intervention et de la légitimité de ce dernier. En effet, l’extrême dépendance de la plupart des pays vis à vis de la conjoncture internationale ou des humeurs de la communauté financière internationale a redonné du lustre à des stratégies de croissance qui seraient plus tournées vers les marché domestiques et la satisfaction des demandes ou besoins sociaux exprimés par les citoyens. C’est le cas en Chine, mais ce peut-être aussi une piste ouverte aux gouvernements en Allemagne et au Japon qui mesurent les désagréments d’une confiance exclusive dans le dynamisme de leur secteur exportateur. De même, il est fort probable que l’on assiste, dans les prochaines années, à une réduction de la globalisation de la réduction financière. Les nouveaux membres de l’Union Européenne vont sans doute apprendre la même leçon que les pays asiatiques en 1997 et ne plus succomber à l’euphorie d’une offre apparemment illimitée de crédit international en devises étrangères. Enfin, le tabou qu’était le protectionnisme fait un retour silencieux parmi la panoplie des outils de politique économique. On vise, bien sûr, le protectionnisme typique, c’est à dire instituant des barrières le plus souvent non tarifaires aux importations. Mais l’on peut aussi envisager une forme de protectionnisme financier : ne seront acceptés comme produits financiers que ceux qui bénéficient d’une autorisation ou d’une garantie de l’Etat Nation concerné afin d’éviter que des pays, tels que l’Allemagne ou la Suisse, voient leurs banques acquérir néanmoins des produits dérivés toxiques imaginés et vendus avec grand profit par les grandes banques d’investissement de Wall Street et de la City.

3) Une multiplicité de stratégies alternatives.

Il est essentiel de se concentrer sur un petit nombre de mesures qui définissent une stratégie cohérente et a priori suffisante pour enrayer l’émergence d’une fraction significative des bulles

spéculatives. Au demeurant, plusieurs options sont concevables mais, dans chaque cas, pour qu’elles soient acceptables deux conditions sont nécessaires. Il faut d’abord veiller à ne retenir que le nombre minimal d’interventions dont la synergie et la complémentarité garantissent l’efficacité. Il importe ensuite de selectionner laquelle de ces stratégies est la plus adapté.

En premier lieu, une analyse structurelle conclut qu’il faut intervenir dans les processus internes de la finance car au cours des deux dernières décénnies ils ont été à l’origine de deux grandes vagues de spéculation. Le conflit avec le pouvoir de la finance est dans ce cas patent et tout dépend de la capacité de l’une ou l’autre des deux parties (Etat et financier) à convaincre les législateurs. Par contre, le mérite est de soulager la politique macroéconomique, en particulier la Banque Centrale, d’interventions massives ou impopulaires qui ne seraient que de simples contrepoids à une dynamique financière privée inchangée.

La seconde stratégie part de la constatation centrale que: puisque les plus graves crises financières sont le resultat d’innovations privées qui ont désarçonné les règles de prudence antérieurses, pourquoi ne pas soumettre à des stricts contrôles les innovations financières. Le rôle des controleurs publics n’est pas necessairement d’interdire ces innovations mais de s’assurer que le nouveau produit financier correspond contient des dispositifs interdisant qu’il précipite une crise majeure. Cette seconde option peut converger avec la première mais elle est apparemment moins exigeante puisqu’elle ne demande à la finance que de se transformer au principe général qui attribue à la puissance publique le droit de veiller sur l’élimination des externalités, qui peuvent être en l’occurrence négatives de la finance. Cependant dans l’un et l’autre cas, les profits financiers passés devraient être fortement réduits, d’où de probables oppositions dans les sociétés où finance et politique sont étroitement imbriquées

La troisième stratégie ne joue que sur les attributs traditionnels de la puissance publique, à savoir la politique fiscale et budgétaire et si nécessaire la politique prudentielle. Or, dans le passé, chacun de ces instruments a aggravé le caractère pro-cyclique de l’économie. A l’opposé, l’Etat peut mobiliser ces outils traditionnels pour veiller à ce qu’un emballement spéculatif, né au sein d’une entité financière, ne débouche sur une crise financière systémique et par ricochet une recession, voire une dépression de grande ampleur. L’interêt de cette solution est de ne pas interférer, tout au moins en apparence, avec l’initiative privée et la recherche du profit par les financiers. En théorie donc, la finance trouverait peu d’arguments pour s’opposer à cet usage des pouvoirs régaliens de l’Etat. Tout au plus peut-il arguer que le renforcement des ratios prudentiels peut ainsi reduire l’offre de crédit dans les périodes de boom…mais c’est précisement l’objectif de cette nouvelle gestion du risque systémique.

Bibliographie/Webographie

– Dominique Plihon « Le nouveau capitalisme »;

– Robert Boyer « Les financiers détruiront-ils le capitalisme »;

– Carlo Vercellone « Sommes-noux sortis du capitalisme industriel »;

– Michel Aglietta, Antoine Rebérioux  » Dérives du capitalisme financier »;

– Laurent Batsch  » Le capitalisme financier »;

– Nicolas Véron  » Le grand dérèglement: chroniques du capitalisme financier« 

http://www.lexinter.net/JF/capitalisme_financier.htm;

http://netreferendum.pagesperso-orange.fr/capitalisme_financier.htm;

http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/11/02/aux-etats-unis-le-capitalisme-financier- a-extermine-l-idee-meme-de-carriere_1434497_3234.html;

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http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/07/08/2543825_d-un-capitalisme-

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www.ofce.sciences-po.fr/pdf/documents/presentation%20aglietta.ppt ;

http://www.philosciences.com/Societe/Capifinance.html; – http://www.globalix.fr/content/fin-du-capitalisme-financier;

http://www.mrc-france.org/La-situation-economique-l-epuisement-du-capitalisme- financier_a50.html

Rédigé par vroox idans Thèmes et Commentaires (2)

2 commentaires

  1. Commentaire by Jay Clarke on 30 août 2015 at 18 h 00 min

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    Laurent

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