Questions Economiques

Discussions sur l'économie et supplément aux cours

La révolution industrielle

La révolution industrielle.

INTRODUCTION

Phénomène global apparaissant dans le dernier tiers du XVIIIème siècle, la révolution industrielle est l’un des événements majeurs dans l’histoire des pays occidentaux de part les mutations, notamment en termes de technique, d’organisation du travail, de la démographie, des rapports entre catégories sociales, de l’économie, qu’elle entraîne.

La nouveauté de la révolution industrielle réside dans le fait d’avoir modifié profondément le fonctionnement économique des pays occidentaux par le passage d’un système composé de sauts  de productivité et de régressions à un processus de croissance continue (toujours actuel) où la productivité ne cesse d’augmenter malgré quelques périodes de ralentissement.

Cette évolution n’a été possible que par la présence, dans la première moitié du XVIIIème siècle, d’une première dynamique économique fondée sur les conceptions mercantilistes et sur un premier essor quantitatif et qualitatif aboutissant à une société complexe concernant les futurs pays industrialisés.

Cette période se traduit par une hausse des productions agricoles et manufacturières mais sans extension générale d’innovations technologiques ou de transformations de productions. En outre, dans la tradition médiévale, des expériences sont tentées dans différents pays (France, Angleterre) pour améliorer la qualité des cultures mais cela reste limité à une minorité d’exploitations aisées.

Cette hausse du revenu agricole a des répercussions sur la consommation intérieure et fournit une capacité d’investissements accrue notamment dans le domaine agraire. Parallèlement, une agriculture de commercialisation continue de se développer. L’expansion commerciale et manufacturière a été favorisée par les politiques mercantilistes.

Ces lentes poussées démographiques et cette première croissance agricole, serviront de supports aux futures transformations de la révolution industrielle en fournissant une main d’œuvre et une première capitalisation à l’agriculture et des matières premières et des débouchés à l’industrie naissante, ainsi qu’une offre et une demande supplémentaire au commerce.

Les progrès agricoles s’accompagnent d’une production de masse manufacturière et du renforcement des structures artisanales. Des apports nouveaux au cours du XVIIème et XVIIIème siècles, tels la monnaie fiduciaire, la banque, la colonisation, la première mondialisation des échanges, l’amélioration des techniques de transports, la puissance des grandes compagnies de commerce et de colonisation, forment un support riche et efficace pour la première révolution industrielle. Il est donc certain que sans cette révolution agricole et son corollaire, un processus d’innovation efficace, la première révolution industrielle n’aurait pas eu lieu (I).

Le début de la première révolution industrielle est souvent placé à l’année 1776,  une année charnière en raison de trois événements majeurs. En Grande Bretagne, Adam Smith expose, dans « La richesse des nations », les données du libéralisme économique. L’indépendance des Etats-Unis est proclamée et forme à partir de 1782 un des premiers exemples de vie économique et sociale fondée sur la liberté individuelle. En France, les classes privilégiées s’opposent à la politique de liberté économique défendue par Turgot, ce qui ruine la première application générale des conceptions de liberté individuelle du commerce et de la production et freinera le développement économique de la France.

Cependant, la révolution industrielle n’est pas un phénomène figé dans le temps, par un début, un milieu et une fin précise et immuable. C’est un phénomène continu qui se perpétue à partir du XVIIIème siècle à travers la deuxième puis la troisième révolution industrielle jusqu’à aujourd’hui. Toutefois, malgré l’importance de ces révolutions industrielles de seconde et troisième génération pour nos sociétés actuelles, nous consacrerons nos propos à la première révolution industrielle car elle seule constitue un total bouleversement au niveau économique, politique et social (II) dont les conséquences subsistent encore à l’heure actuelle.

I- Une croissance démographique et industrielle soutenue  au service de la révolution industrielle

La révolution industrielle est le passage d’une économie traditionnelle, de faible croissance, fragile, à une économie moderne, connaissant une croissance continue. Cette évolution n’a été possible que par la continuation et le renforcement des progrès engagés dès le XVIIIème siècle au niveau de la production agricole (A) et industrielle (B).

A)  Une révolution agricole au soutien de la transition démographique

La révolution agricole (a), en confortant la transition démographique (b), est un autre moteur de la révolution industrielle. Paul Bairoch, dans Le Tiers Monde dans l’impasse, Paris, 1971, considéra ainsi que « La révolution industrielle est avant tout une révolution agricole qui, dans les sociétés où elle s’est produite, a permis et suscité un développement sans précédent du secteur industriel et minier ». C’est le passage d’une agriculture de subsistance à une agriculture de marché : la terre est devenue un bien. Avec l’augmentation de la demande de produits manufacturés issus de  la sidérurgie pour répondre à la demande des fermiers ainsi que l’investissement des propriétaires dans l’industrie, ce phénomène s’amplifie régulièrement. L’agriculture constitue ainsi les fondements de l’économie au XVIIIème et XIXème siècle en termes de production : 80% de la population en dépend.

a) La révolution agricole, premier moteur de la réussite de la révolution industrielle 

La liberté des choix de cultures et de commercialisation constitue le socle du progrès agraire au cours des XVIIIème et XIXème siècle. Cette liberté existe dans toutes les modernisations agraires dont enclosures et Landlords du Royaume-Uni forment l’exemple le plus souvent cité car ils symbolisent l’individualisation des exploitations avec liberté de produire et de vendre en fonction de la demande du marché national comme international.

Ces facteurs socio-institutionnels renforcés par une meilleure utilisation des terres cultivables stimulent la révolution agricole. Des progrès (telle la modification de la technique de l’assolement triennal) sont pratiqués, dès le XVIIIème siècle,  par des propriétaires nobles, et  améliorent de façon notable la production et le rendement de leurs terres. Au XIXème siècle, les terres agricoles sont remembrées et spécialisées car la constitution d’exploitations de grande superficie renforce la vocation commerciale des récoltes, améliore la productivité et accroît l’efficacité de la mécanisation et de l’investissement.

Les facteurs des transformations agraires sont donc de diverses natures : technique, sociale, institutionnelle, géographique… L’agriculture servit de support et de levier à la révolution industrielle. D’une part, elle permit une véritable poussée démographique en supprimant famine et disette (hormis le choc du milieu du XIXème siècle). D’autre part, le secteur agraire joua un rôle porteur dans les premier temps de l’industrialisation en constituant des débouchés pour l’industrie naissante.

b) La transition démographique, condition indispensable au succès de la révolution industrielle 

Le XIXème siècle est marqué par une forte augmentation de la population qui favorise l’essor de la révolution industrielle en stimulant la production (la main d’œuvre devient plus abondante) et l’économie (stimulation de la consommation) mais aussi l’émigration et la politique de colonisation ce qui permettra le développement de nombreux pays tels que les Etats-Unis.

La démographie traditionnelle était une situation d’équilibre, caractérisée par un fort taux de natalité et un fort taux de mortalité notamment infantile. L’accroissement naturel de la population était donc faible. Le fort taux de mortalité, aggravé par les guerres, les épidémies les famines était compensé par un fort taux de natalité.

Dès la fin du XVIIIème siècle, une transition démographique – résultat de la conjonction de deux phénomènes qui apparaissent à cette époque : la chute de la mortalité et la chute de la natalité – s’amorce en Angleterre et en France puis s’étend à toute l’Europe occidentale au cours du XIXème siècle.

La chute de la mortalité est essentiellement liée à la révolution agricole et à la révolution médicale qui se développent tout au long de cette période. L’augmentation massive de la production agricole ainsi que la diversification des produits, l’amélioration de leur qualité conduisent à une très forte réduction des famines et à une diminution des carences alimentaires. En outre, l’amélioration spectaculaire de la médecine marquée par de grandes découvertes telles que le rôle des microbes dans le phénomène d’infection (Pasteur), la vaccination (Jenner), la mise au point d’antiseptique (Javel) et l’amélioration de la chirurgie (Larrey, Percy) avec plus tardivement l’apparition de l’anesthésie ont un impact fort sur la survie de la population et notamment sur celle des enfants.

La chute de la mortalité est spectaculaire, le taux de mortalité est pratiquement divisé par deux en un siècle (40% en 1750, 21% en 1900) et par quatre pour la mortalité infantile au cours de la même période. (La disparité des taux de mortalité entre les pays développés est essentiellement liée aux guerres et révolutions, l’impact des aléas climatiques sur la production agricole étant pratiquement négligeable).

La chute de la natalité est décalée par rapport à la chute de la mortalité. Ce taux reste élevé dans un premier temps, ce qui conduit à une croissance rapide de la population qui provoquera progressivement un changement de mœurs aboutissant à la chute de la natalité.

En effet, la très grande amélioration de la survie des enfants augmente fortement la taille des fratries. Cette augmentation du nombre d’héritiers conduit la bourgeoisie (petite et moyenne) et les paysans riches à réduire volontairement et contrôler le nombre de naissances dans un souci de préservation du patrimoine (limiter la dilution des biens) mais aussi d’aspiration d’ascension sociale (plus de moyens par enfants). Le contrôle des naissances dans les classes populaires est plus tardif et se développe principalement en raison de conditions de vie très difficiles conduisant les femmes à souhaiter moins d’enfants. D’autres faits sociologiques expliquent cette évolution à savoir le recul de la tradition religieuse et du dogme de la procréation mais encore les différentes lois sociales qui reculent l’âge d’entrée des enfants dans la vie active (ceux-ci, par conséquent, coûtent alors plus chers à leurs familles tout en ne rapportant plus d’argent).

Au cours du XIXème siècle le taux de natalité baisse en moyenne de 40‰ à 30‰ pour les pays en cours d’industrialisation.

Au final l’association des deux phénomènes, avec une chute de la natalité moins rapide que celle de la mortalité, conduit à une croissance régulière de la population en Europe. Tout au long du XIXème la croissance démographique est relativement stable et se situe autour de 10‰ en moyenne (plus faible en France : 4‰). En valeur absolue, l’Europe passe de 140 à 460 millions d’habitants entre 1750 et 1914 et constitue environ un quart de la population  mondiale à la fin de cette période.

Cette forte croissance de la population européenne est un des moteurs indispensables de la révolution industrielle car elle a permis aux autres révolutions de s’amorcer, croitre et prospérer tout au long du XIXème siècle en formant un inépuisable réservoir de main d’œuvre pour l’industrie.

B) L’industrie, moteur de la croissance 

La naissance de l’industrie est la pierre angulaire du développement. L’agriculture, le marché économique, le financement, l’énergie connaissent un nouvel essor mais seule la transformation des techniques et des modes de fabrication des produits finis, par l’industrialisation, ont permi historiquement le décollage économique.

Afin que l’innovation puisse s’exprimer pleinement et apporter à chacune des étapes innovantes successives un nouvel élan de croissance, un ensemble de conditions favorables à son éclosion furent nécessaire : un essor scientifique, la disponibilité de capitaux, la présence d’une main d’œuvre productive (a) et des difficultés conduisant à la recherche de solutions innovantes (b).

a) L’émergence d’un contexte favorable à la recherche scientifique au cours du XIXème siècle

• L’essor scientifique au cours des siècles précédents

Les découvertes scientifiques majeures ont été réalisées essentiellement par les savants du XVIIIème siècle dans les domaines des mathématiques et de la physique (Neper, Kleper, Pascal, Descartes, Fermat, Leibnitz, Euler, Newton, Laplace, Torricelli, Fahrenheit, Celsius, Franklin, Coulomb, Volta, …), de la chimie (Lavoisier, …) et de la biologie (Buffon , Lamarck, …).

Parallèlement le niveau d’instruction général augmente fortement. Au début du XIXème siècle, un français sur deux sait lire et la proportion est équivalente dans les autres pays industrialisés. L’intérêt du public est très fort pour les nouveaux savoirs et les livres scientifiques et techniques bénéficient d’un large public (citons à titre d’exemple la célèbre Encyclopédie de Diderot -publiée au XVIIIème siècle qui connut un nouvel engouement au cours du XIXème siècle- qui aborde dans le style de la vulgarisation scientifique et technique pratiquement tout l’ensemble des domaines connus de l’époque).

La conjugaison de ces deux phénomènes conduit à un profond changement des mentalités qui passent d’une approche empirique et archaïque (basée sur des croyances) de résolution des problèmes à une approche rationnelle fondée sur la démarche scientifique.

• Une disponibilité des capitaux 

Pour permettre l’innovation, l’accès à des investisseurs disposant d’un capital excédentaire dont ils n’ont pas besoin pour couvrir leurs besoins immédiats et qu’ils souhaitent faire fructifier se révèle indispensable. En effet, le financement de la recherche de l’invention innovante et sa mise en œuvre doit être assuré jusqu’à ce que l’exploitation de celle-ci couvre les frais d’investissement et dégage un bénéfice.

Les surplus de gains réalisés sur les opérations commerciales de produits coloniaux et la vente des excédents agricoles permis par la révolution agricole rendent cette accumulation de capitaux libres possible. D’autant que la concentration des terres, qui optimise la production et augmente les bénéfices au profit d’un nombre réduit de propriétaires, permet l’émergence de nouveaux investisseurs. Ce processus, décrit par Karl Marx sous le nom d’accumulation primitive, est considéré par celui-ci comme la condition nécessaire à la naissance du capitalisme.

Le seuil d’amorçage (ou take-off selon Rostow) est atteint quand le taux d’épargne et d’investissement passe la barre des 10% du revenu national. Ce taux est dépassé dès le début de la période de la révolution industrielle.

• Une redistribution de la main d’œuvre dans de nouvelles structures industrielles 

Le transfert dans l’organisation industrielle d’une partie importante de la population n’est pas brutal, au contraire, il s’accompagne de la mise en place progressive de structures qui préparent la main d’œuvre aux nouvelles formes de travail.

Trois types d’activités industrielles cohabitent au XIXème siècle : les manufactures (verreries, tapisseries, …), l’artisanat urbain, héritages du XVIIIème siècle et la proto-industrie, typique du XIXème siècle.

La proto-industrie est ainsi caractérisée :

 - par sa localisation rurale, le travail est réalisé par des paysans qui y trouvent une source de revenus complémentaires ;

- par sa complémentarité avec les structures agricoles, le travail est réalisé entre les travaux des champs ;

- par des donneurs d’ordres qui sont des grands commerçants urbains ou des grands propriétaires fonciers diversifiant leurs sources de revenus ;

- par la destination extrarégionale voire extranationale de la production contrairement à l’artisanat destiné au marché local.

Un exemple typique de cette proto-industrie est le domaine du textile, très répandu avant la mécanisation du processus. En effet, les activités les plus simples ne demandant pas de gros  investissements et beaucoup de main d’œuvre, comme la filature et le tissage, étaient réalisées par les paysans dans leurs fermes.

Ce type d’organisation perdure encore aujourd’hui dans des pays en développement comme l’Inde ou encore pour des raisons plus complexes dans des pays industrialisés comme l’Italie.

 La proto-industrie a permis de conserver et fixer sur place une main d’œuvre abondante, ayant acquis un savoir faire technique et docile par l’absence d’autres sources possibles de revenus. Cette population a pu ensuite être mobilisée et incorporée aux organisations nouvelles du travail qui ont marqué l’apparition de la révolution industrielle. La relation entre les deux phénomènes est illustrée par le fait que les régions où le travail agricole était plus saisonnier et les exploitations plus grandes (grandes régions céréalières) ont réalisé plus rapidement la transition vers l’industrie que les régions avec une activité agricole annuelle et plus morcelée (régions montagneuses, vignes).

    b) L’innovation, seule solution aux nouveaux problèmes du siècle

L’ensemble des transformations apparaissant au début du XIXème siècle : croissance démographique, révolution agricole, nouvelles organisations sociopolitiques, nouvel ordre économique mondial, évolution profonde des mentalités et aspirations des populations. Les différentes sociétés sont alors confrontées à de nouveaux problèmes structurels liés à un besoin général de croissance et pour lesquels les réponses traditionnelles appliquées jusqu’alors sont inopérantes. Les innovations seront la réponse des Etats à ces défis.

Contrairement à une approche sommaire très répandue, l’innovation n’est pas brutale ni directement liée aux nouveautés scientifiques. Très peu d’innovations sont l’application directe d’une découverte scientifique.

Les innovations peuvent prendre plusieurs formes et le plus souvent les associent :

- nouvelles énergies ;

- nouvelles matières premières ;

- nouvelles méthodes de production ;

- nouveaux moyens de communication (transports, télégraphe puis téléphone) ;

- nouveaux circuits commerciaux ;

- nouveaux produits (création de besoins, « marketing ») ;

- nouveaux débouchés (colonies, conquêtes de nouveaux territoires) ;

- nouvelles organisations d’entreprises, apparition des grands groupes capitalistes (trusts, Konzern,…) industriels et financiers avec un fort développement de la bourse.

Les innovations apparaissent généralement par petits groupes sous forme d’une accumulation d’améliorations mineures qui en induisent d’autres en cascade et qui par diffusion remplacent progressivement les processus industriels et/ou les comportements existants.

Les innovations apportent un fort regain de croissance à leur apparition dans le système économique. Cette croissance diminue plus ou moins rapidement dans le temps avec la diffusion de l’innovation ce qui conduit  à rechercher en permanence de nouvelles idées pour relancer la croissance.

L’innovation constitue donc un phénomène cyclique dont la périodicité varie en fonction du type d’innovation (mode ou changement structurel profond). Les différents cycles d’innovations s’enchevêtrent de manière complexe avec des interactions plus ou moins fortes  ce qui contribue à la dynamique du système économique encore en place de nos jours et qui se caractérise par des périodes de croissance euphorique, de stagnation, de récession, de krash, de reprise qui provoque les soubresauts et les réactions de la société industrielle.

La révolution industrielle est marquée par de grandes innovations techniques majeures rappelées ci-après :

    • Un changement de système énergétique

Les inerties du système énergétique préindustriel sont liées au fait que le système antérieur à la révolution industrielle dissociait la production d’énergie mécanique de celle d’énergie calorifique. Le mouvement était apporté aux deux tiers par l’énergie humaine, musculaire ou animale et pour un tiers seulement par les moulins, éoliens et hydrauliques. Ce système avait des limites évidentes : puissance développée faible, travail irrégulier car soumis aux caprices de la nature. L’énergie calorifique provenait exclusivement de la combustion du bois dans les fours domestiques et industriels (hauts fourneaux). Mais dès le début de la révolution industrielle, la croissance de la demande énergétique est trop forte et la production forestière ne peut plus y répondre. La recherche de nouvelles énergies devient alors indispensable.

L’emploi du charbon est initialisé en Grande-Bretagne car celui-ci est abondant dans le pays et le bois rare. Les pays disposant de cette ressource minière s’engagent très rapidement dans cette voie. Toutefois le développement de l’utilisation du charbon de « terre » (en remplacement du charbon de « bois ») est très difficile essentiellement pour un problème de qualité. La plupart du temps l’utilisation de houille grasse conduit à une diminution de la qualité des produits. (Acier plus cassant, verres noircis, ..). C’est l’innovation qui va permettre la mise au point de nouveaux procédés techniques permettant le développement de cette énergie. De nouvelles pompes pour faciliter l’évacuation des eaux dans les exploitations profondes, l’utilisation du rail et de l’ascenseur pour la manutention du minerai permettent l’exploitation des veines les plus riches qui sont les plus profondes et qui permettent d’extraire un charbon d’une meilleure qualité conforme aux attentes de l’industrie.

Pour les pays moins riches en charbon comme la France, l’énergie hydraulique reste jusque dans les années 1860 la base énergétique de l’industrie en assurant les deux tiers de la puissance installée. Le phénomène est conforté grâce à des innovations, améliorant roues et turbines, permettant l’accroissement du rendement. L’énergie hydromécanique a été un atout pour l’industrialisation permettant le développement dans l’attente de la mise au point des nouvelles sources énergétiques. L’équilibre des deux énergies intervient vers 1880 quand l’électricité prend le relais de l’hydromécanique.

Seule l’industrie sidérurgique adopte rapidement le charbon par besoin de grande puissance et s’installe près des bassins houillers.

L’adoption généralisée du charbon n’intervient qu’au milieu du XIXème siècle avec l’amélioration des machines à vapeur et la production d’acier permettant le développement spectaculaire du chemin de fer. L’abaissement du coût du transport rend le charbon rentable et augmente sa diffusion. A partir de cette époque la production de charbon double tous les vingt ans. La Grande-Bretagne est le principal bénéficiaire et produit presque les deux tiers du charbon mondial.

La fin du XIXème siècle voit l’apparition de nouvelles formes d’énergies comme l’électricité et les produits parapétroliers qui vont prendre une importance croissante, on parle alors de seconde révolution industrielle.

    • Des innovations dans les techniques de production

La machine à vapeur est à l’origine de la mécanisation. Son origine est ancienne (1687 : le français Monsieur Papin invente une machine avec un piston pour alimenter en eau un château allemand et en 1707 fabrique un bateau à vapeur) mais sa mise au point est très longue. Toute une série d’améliorations sont apportées jusqu’au milieu du XVIIIème siècle avec quelques applications utiles en particulier dans les mines (pompes à eau). Les problèmes majeurs de rendement et de limitation à un mouvement rectiligne ne seront résolus que par un scientifique et inventeur écossais très innovant, James Watt. Watt invente le cylindre à double effet, le condenseur externe et le régulateur qui permettent d’améliorer fortement le rendement de machine en diminuant les pertes thermiques parasites. Il invente aussi la bielle-manivelle qui permet de convertir le mouvement transversal du piston en un mouvement rotatif ce qui ouvre l’ensemble des domaines d’emploi industriel à sa machine (métallurgie, filature, tissage, …).

L’emploi de ces innovations se généralise dès le début du XIXème siècle avec le passage dans le domaine public des brevets de Watt. Toutefois l’emploi des machines à vapeur est délicat car il nécessite un savoir faire important (mise en œuvre et maintenance) et pour les installations à haute pression introduit des risques d’explosion importants. L’innovation apporte ainsi le risque industriel et influencera le droit avec la création d’une nouvelle législation relative aux accidents du travail et à leur indemnisation.

L’industrie textile est la branche qui a connu la plus forte croissance au cours du XIXème siècle de part l’augmentation importante de la demande alimentée par la hausse de la population  et la modification des comportements des consommateurs (recherche de confort, d’originalité, …). C’est l’industrie pour laquelle la mécanisation a été très précoce et a été poussée au maximum.

Très rapidement la production réalisée par la proto-industrie rurale ne suffit plus à subvenir à la demande. Le passage à la mécanisation mue par l’hydraulique ou la vapeur est très rapide. Principalement pour la filature avec le développement de machine permettant de filer plusieurs centaines de fils à la fois remplaçant autant de rouets traditionnels. Le tissage se mécanise plus lentement car les machines sont plus complexes à mettre au point. Mais l’innovation est la plus forte et les machines à tisser s’imposent finalement avec en particulier la possibilité de programmer facilement les motifs des tissus (métier à tisser Jacquard à cartes perforées) ce qui permet des motifs compliqués produits rapidement pour s’adapter à la mode en cours.

Les progrès de la sidérurgie sont associés à la révolution industrielle. Des innovations dans la production du fer et de l’acier ont permis la fabrication de machines plus performantes (vapeur, navire, trains, roues, charpentes, …) qui en retour ont permis d’améliorer encore les procédés de fabrication. Cela a conduit à la mise en place d’une filière commençant dans les mines de charbon et de fer, puis dans les hauts fourneaux produisant fonte, fer et acier, qui sont transformés dans les laminoirs pour obtenir finalement des plaques de tôles et des profilés massivement utilisés dans tous les pans de l’industrie.

L’innovation est aussi à l’origine de nouvelles branches industrielles inconnues jusqu’alors. Les fabricants de machines-outils souvent textiles au début. L’industrie ferroviaire s’appuie sur la sidérurgie, les fabricants de machines à vapeur, favorise le développement des travaux publics (ponts, tunnels) et des services (marchandises, restauration, tourisme, …). L’industrie chimique se développe aussi beaucoup au profit d’autres domaines : comme le textile, blanchiment par le chlore, utilisation de la soude,  les colorants artificiels, la sidérurgie avec des additifs améliorant les aciers, l’hygiène avec la découverte de l’eau de javel, la droguerie avec les premières matières plastiques  pour réaliser des peignes et des jouets, les mines et l’armement avec la découverte de la nitroglycérine (Nobel), l’agriculture avec les engrais minéraux. Plus tardivement se développeront l’industrie électrique (éclairage, génératrices, moteurs), l’industrie parapétrolière (gaz, essence, huiles) et l’industrie automobile promises à un grand avenir.

• Des innovations dans les techniques de transports

L’évènement marquant la révolution industrielle dans les transports est le développement extraordinaire du chemin de fer. La technique ferroviaire est l’exemple type de l’association de plusieurs innovations qui conduit à une véritable révolution dans la société.

L’essor de la sidérurgie a permis la production de rails de qualité et en grande quantité à des coûts performants ainsi que les matériaux permettant la construction de trains et des machines à vapeur adaptées. L’amélioration du rendement des machines à vapeur a permis d’améliorer les performances des trains (en puissance : plus de 200 tonnes tractées en 1865 et en vitesse : jusqu’à 80 km/h en 1880). L’utilisation des nouveaux moyens de communication comme le télégramme permettent d’organiser et contrôler le trafic sur un réseau de plus en plus important et étendu.

Le chemin de fer est à l’origine de plus grands échanges commerciaux et humains grâce à des coûts de plus en plus compétitifs. Il a permis la valorisation de régions isolés et enclavées augmentant encore les possibilités de croissance. L’industrie ferroviaire est toujours présente de nos jours et reste encore un domaine vital pour l’industrie moderne.

Le développement de la marine à vapeur a suivi le même processus mais de manière beaucoup plus lente. Les premiers bateaux équipés de roues à aubes n’étaient pas performant en haute mer et étaient limités au trafic fluvial. C’est l’invention de l’hélice par le français Sauvage au milieu du XIXe siècle qui lance véritablement la marine moderne à vapeur. La combinaison de coques en acier, de moteurs à vapeur et des hélices permet de construire de grands navires pouvant transporter de grandes cargaisons et donc de baisser les coûts. De plus ces navires sont plus rapides et moins dépendant des conditions climatiques (vents, courants) que les bateaux à voiles. La concurrence de la marine à voile restera forte jusqu’au début du XXème siècle où elle disparaîtra très rapidement avec l’arrivée des moteurs à explosion.

La fin de la période de la révolution industrielle voit apparaître les premières automobiles (Benz, Daimler en Allemagne, Panhard en France) et le premier avion (Clément Adler) mais ces moyens de transport innovants ne se développeront qu’au siècle suivant.

    • Des innovations hors de l’industrie lourde

Quelques innovations techniques de l’époque ont eu beaucoup de succès et perdurent encore de nos jours bien quelles ne soient pas liées directement à la grande industrie lourde (la machine à coudre créée par Singer ; la photographie lancée par Niepce ou encore la machine à écrire mise au point par Remington).

La révolution agricole, la transition démographique, les innovations techniques ont permis à la révolution industrielle de débuter, de croître et de perdurer tout au long du XIXème siècle. Un nouveau capitalisme émerge et ces évolutions en modifiant radicalement les modes de vie, d’organisation, de fonctionnement des villages, des villes, des entreprises provoquent des changements radicaux dans les sociétés des pays occidentaux. Mutations tellement profondes que les conséquences perdurent encore aujourd’hui.

II- La révolution industrielle ou le bouleversement d’une époque 

La naissance et le développement de la société industrielle ont été accompagnés de profonds bouleversements sociaux et économiques. Le capitalisme s’industrialise (A), de nouvelles classes sociales émergent et s’affirment (B).

A) Un nouvel âge du capitalisme marqué par des évolutions majeures

Le capitalisme n’apparait pas soudainement au cours de la révolution industrielle. Il existe d’abord à l’état embryonnaire à l’époque médiévale et ne se développe vraiment qu’au XVIème siècle avec le développement des échanges maritimes liés au progrès de la navigation hauturière, à la découverte des nouveaux mondes et au déplacement du centre de gravité économique de la Méditerranée vers l’Europe atlantique. Au XVIIème  siècle, le capitalisme devient industriel avec notamment l’apparition des grandes manufactures.

Au cours du XIXème siècle, la notion de capitalisme est mise en avant par les économistes marxistes, qui la définissent comme un système économique caractérisé par la propriété privée des moyens de production aux mains d’une bourgeoisie utilisant le prolétariat comme force de travail.  Ce système s’oppose au socialisme où la propriété est collective.

Cette vision s’oppose à celle des auteurs libéraux  qui insistent sur la notion d’économie de marché, sur le rôle de la concurrence entre les agents économiques et le  rôle de la loi de marché dans les processus de régulation. Ils mettent aussi en avant l’importance de l’initiative privée dans le développement économique. Les économistes défendent  de nouvelles théories telles que le libre échange  en affirmant la nécessité de favoriser  la libre circulation des capitaux et des biens par opposition à la thésaurisation de la monnaie. La publication de l’œuvre maîtresse d’Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), coïncide  avec l’essor de la révolution industrielle dans le nord du Royaume-Uni. Adam Smith est le fondateur du libéralisme moderne. Il considère que la richesse provient de la production matérielle (c’est à dire la production de marchandises) et que différents moyens permettent d’accroître cette production afin d’enrichir la nation : la division du travail ; laisser les individus s’enrichir ( car en œuvrant pour leur intérêt personnel, ils enrichissent naturellement la nation toute entière ; c’est la fameuse notion de « main invisible ») et se procurer les produits au meilleur prix. Sur le marché intérieur, cela est possible par la concurrence que se livrent les différentes industries. Il est également possible d’acheter à l’extérieur ce que le marché intérieur ne peut offrir à un prix plus bas. Adam Smith préconise donc le libre-échange entre les nations

L’expansion du capitalisme au XIXème siècle est possible grâce à la mise en place de politiques libérales notamment en France (influence des physiocrates et des classiques en Grande-Bretagne).  L’abandon des politiques mercantilistes conduit à un désengagement partiel de l’état, à l’abolition progressive d’une partie des barrières réglementaires et douanières et à l’instauration d’une plus grande liberté de travail.  Le système capitaliste est alors caractérisé par un régime de libre concurrence et une non intervention de l’état dans l’organisation du travail. Les prix et salaires  sont soumis aux règles du marché et fluctuent librement en fonction de l’offre et de la demande. Cette liberté est renforcée par des législations, notamment en France le décret d’Allarde de 1791 qui supprime les corporations ce qui revient à instaurer une déréglementation totale en faveur des entreprises ou la loi le Chapelier qui interdit toute association de salariés.

Le capitalisme au XIXème siècle se caractérise par une révolution bancaire et une modification radicale du fonctionnement des entreprises (a) et constitue un siècle de croissance marqué par quelques crises dont la plus importante la grande climatérique de 1873 (b).

a) Une Révolution bancaire conjointe à une modification structurelle des entreprises

• Une révolution bancaire 

L’abondance de la monnaie est favorisée par la découverte de nombreuses mines d’or aux Etats-Unis, en Australie et en Afrique du Sud. La monnaie papier devient d’un usage de plus en plus courant et la confiance dans les banques qui se généralise dans les pays développés permet d’émettre de plus en plus de monnaie papier pour des sommes dépassant leurs réserves métalliques. La monnaie scripturale se développe également, en Grande-Bretagne puis dans les autres pays industrialisés. L’appel au crédit, source de création monétaire, est de plus en plus systématique vis à vis des entreprises. Le XIXème siècle jouira d’une remarquable stabilité des prix, preuve que la création monétaire n’est pas trop rapide. Parallèlement, les obligations, créances privilégiées drainant les capitaux déposés dans les banques se répandent.

Le système bancaire des grands états industrialisés évolue. Au début de la période, seule la haute banque existe : les banquiers prêtent sur leurs fonds propres (essentiellement aux divers pouvoirs politiques) et se méfient des placements industriels jugés trop risqués. Les banques acquièrent progressivement un rôle croissant en permettant la concentration et la mobilisation des capitaux nécessaires aux entreprises en particulier dans le financement du grand commerce et de l’industrie. Au cours du XIXème siècle, des banques d’investissements, des banques d’affaires et des banques de dépôts se développent afin de répondre à la demande en crédit commercial à court terme et en prêt pour les opérations boursières et industrielles. La première banque par actions naît ainsi en Angleterre en 1833. La spécificité de ces banques est de ne plus être liées à des fortunes individuelles mais de constituer des sociétés par actions. Ces banques se dotent en outre d’agences et de succursales ce qui constitue une nouveauté pour l’époque.

Parallèlement, tous les Etats industrialisés créent une banque nationale d’émission, privée mais partiellement contrôlée par les pouvoirs publics. Par le biais du taux de réescompte, elle détermine comme aujourd’hui le taux et le volume des crédits et pilote l’évolution de la masse monétaire.

 • L’essor des sociétés anonymes par actions à responsabilité limitée

De nombreux types d’entreprises différents coexistent au cours du XIXème siècle mais c’est surtout les SARL qui connaissent un réel essor car elles permettent aux associés d’investir avec un minimum de risques ( ceux-ci ne  s’engagent plus sur leur fortune propre,  les dettes sociales sont gagées sur les biens matériels acquis par l’entreprise alors que dans la plupart des autres types de sociétés, un seul actionnaire même limité peut être responsable de la totalité des dettes d’une entreprise). De plus, le système d’actions permet de réunir un maximum de capitaux sans passer par l’intermédiation bancaire.

Cette nouvelle structure financière permet à des milliers d’actionnaires qui risquent seulement de perdre le montant de leurs actions d’investir ce qui alimentent les circuits d’investissements et crée un nouveau marché : la Bourse.

• Un renouveau de l’organisation dans les entreprises 

La petite entreprise demeure la norme pour la majorité des ouvriers mais de grandes entreprises commencent à apparaitre dans le paysage industriel notamment dans le secteur des transports et dans les compagnies minières. Cette concentration sera accélérée par la grande dépression de 1873/1896.

La révolution industrielle marque le passage du domestic system – ateliers familiaux dans lesquels, il n’existait pas réellement de spécialisation des taches ni des outils de production- au factory system. En effet, la mécanisation et l’utilisation de nouvelles sources d’énergie entrainent le regroupement des ouvriers dans un même local pour créer une meilleure rationalisation des postes par une division du travail efficace. Cette concentration (ou factory system) facilite la création et le développement de grandes unités de production.

Cette concentration est de deux types :

- une concentration du capital : si au début de cet essor, le système est assez concurrentiel permettant ainsi à des petites exploitations d’exister, assez rapidement les entreprises s’agrandissent et se développant du fait de l’augmentation de leur capacité de production et de leur marché mais également en fusionnant avec d’autres sociétés, en les absorbant ou en élaborant des ententes sur les prix, la production…..

C’est notamment la création des Konzerns allemands, des trusts américains ( interdit par la suite) ou des Cartels français, le capital appartient alors à des grosses entreprises qui sont en position de quasi monopole sur un marché .

 - Une concentration spatiale : compte- tenu des besoins énergétiques en matières premières, les entreprises se regroupent dans des zones géographiques à fort potentiel comme les bassins miniers de la vallée de la Ruhr ce qui permet de supprimer les couts de transports et permet d’optimiser la production. La révolution industrielle favorise l’essor de grands pôles régionaux.

b) Un siècle de croissance entrecoupé de crises 

• Une croissance continue mais irrégulière 

Le XIXème siècle connaît une croissance indiscutable qui touche tous les secteurs : de 1815 à 1875, le PNB britannique quintuple, ceux de la France, de l’Allemagne, de la Belgique sont multipliés par 3 ou 4.  Entre 1875 et 1914, le PNB de chacun de ces pays double au minimum. La croissance des pays neufs tels les Etats-Unis est beaucoup plus rapide. La production agricole augmente mais à un rythme plus lent que la production industrielle notamment la métallurgie, le textile ainsi que le charbonnage.

La croissance est cependant irrégulière. De 1818 à 1870, des phases de prospérité et de récession se succèdent. De façon synthétique on peut distinguer :

- une période d’expansion de 1790 à 1815 (impact de la révolution française)

-Une période de stagnation de 1815 à 1848 malgré le début de la révolution industrielle dans certains pays

Cette période connait des crises notamment en 1816, 1825 ou 1836 liées à un déséquilibre entre la production et le marché qui ne peut l’absorber, faute de solvabilité et ce malgré une augmentation des crédits , source de déséquilibres financiers. La crise  la plus forte 1846-1851 est à la fois une crise d’ancien régime et une crise capitalistique.

- une période d’expansion qui débute en 1848 et selon les auteurs dure jusqu’en 1866 ou 1885.

Cette croissance marque l’apparition du « rythme capitaliste ». Les crises se produisent avec régularité ce qui   conduit les observateurs économiques à élaborer différentes théories afin d’expliquer ces fluctuations.  Ces cycles ont une origine exogène : l’économie réagit à un choc extérieur et le cycle  traduit seulement les mouvements nécessaires pour retrouver l’équilibre, on parle également de «  cycles à l’équilibre ».

Les crises se produisent tous les 10 ans, un krach boursier marque le début d’une période de dépression.  Cette régularité temporelle se double d’une régularité concernant le déroulement du cycle : une période d’expansion liée à des événements particuliers (découverte d’or, boom des travaux publics) favorise une montée des marchés boursiers puis un krach entraîne la mise en place de la dépression.

Une grande crise économique mondiale,  la grande climatérique qui dure jusqu’en 1890-1892 est la crise la plus importante de la période. Elle a de multiples causes : une pénurie de moyens de paiements liée à l’épuisement des mines d’or californienne ; le ralentissement des progrès techniques ; une opposition à la baisse des salaires, défendue par les organisations syndicales. Cette crise affecte d’abord la bourse et les banques puis la chute du prix des produits manufacturés va nourrir les difficultés industrielles. A partir de 1882, la France est touchée à son tour par les difficultés bancaires et des difficultés agricoles. Cette crise met fin à une période de prospérité importante. Pour la première fois, le choc provient des économies du centre de l’Europe et traduit la montée en puissance des pays nouvellement industrialisés. La crise se propage rapidement aux autres puissances industrielles notamment à la Grande-Bretagne durement touchées en raison de son agriculture et de son industrie vieillissante. Pendant la crise, la déflation s’accentue. Le chômage progresse et la chute des prix réduit les revenus des entrepreneurs individuels. La crise ne se dénoue véritablement qu’à la fin du siècle . La reprise économique, accompagnée d’une augmentation des prix et des salaires,  ouvre la période de la Belle époque.

« Les économies ont les crises de leurs structures » (Labrousse)

Les crises de cette période sont caractéristiques des crises décrites par l’historien et économiste Camille-Ernest Labrousse qui distingue trois types de crises économiques :

- La crise d’ancien régime qui a une origine agricole. La plupart des révoltes et des révolutions sont dues aux variations du prix du blé qui touchent toutes les classes de la société du journalier aux grands propriétaires. La diminution du pouvoir d’achat rural déclenche la crise industrielle.  La réduction des débouchés dans le monde rural se traduit par une diminution de l’emploi  et des rémunérations dans l’industrie. La crise de sous-production agricole entraine alors une crise de surproduction industrielle.

- La crise mixte qui est caractéristique d’une économie en transition. Le facteur déclenchant demeure d’origine agricole mais les conséquences industrielles et financières sont plus importantes. L’installation de la dépression est ainsi due aux mouvements boursiers spéculatifs, aux conséquences de la réduction des dépenses publiques sur les programmes de grands travaux et sur la métallurgie, aux politiques monétaires restrictives. La crise de 1847 est une crise de ce type.

- La crise industrielle qui a une origine  directement industrielle. Le facteur déclenchant est alors le plus souvent un krach financier, conséquence d’une vague spéculative. La dépression est le plus souvent amplifiée par les règles strictes de la gestion monétaire. Cette crise peut se transmettre ensuite à l’étranger via les marchés des changes et le commerce. Ce type de crises se retrouve aussi au cours du XIXème siècle.

B) La déréglementation et la déprofessionnalisation de la production et du travail : La transformation des classes sociales    

La déréglementation et la déprofessionnalisation du travail ainsi que les différentes crises ayant affecté cette période ont eu d’importantes conséquences sociales dans les pays industrialisés. De par son ampleur, ce phénomène a beaucoup été étudié par ses contemporains tels Engels qui inventorie ces conséquences sociales en 1845 dans Situation de la classe laborieuse en Angleterre ou John Stuart Mill en 1848 dans ses Principes d’économie politique ou encore Marx en 1867 dans le Capital.

Des groupes sociaux se constituent progressivement comme acteurs de la nouvelle société: une grande bourgeoisie d’affaires (a), la classe moyenne et le prolétariat misérable, revendicatif et syndiqué (b). Cette nouvelle société sera décrite par de nombreux auteurs notamment en France, par Émile Zola qui dénonça la misère du peuple de Paris (L’Assommoir), des mineurs (Germinal) ou encore celle des paysans (La Terre) ou bien Victor Hugo.  Dans de nombreux pays tels que la France, la paysannerie reste encore très nombreuse tout au long du XIXème siècle.

a)La transformation des classes sociales supérieures au cours du XIX siècle

• Le déclin des notables locaux

A la veille de la révolution industrielle, le manufacturier se confondait souvent avec ses ouvriers de par son style de vie et son niveau de vie. Après la révolution, la séparation des classes est faite : le manufacturier rejoint, dans la hiérarchie sociale, ceux qui, non par leur naissance mais surtout déjà par l’argent, l’avaient déjà précédé aux rangs évidents de la puissance et du prestige (les propriétaires fonciers, les financiers et les marchands). La révolution industrielle constitue le déclin des notables. Les riches propriétaires, souvent issus de la noblesse, détiennent le pouvoir au début du siècle mais sous  l’effet des crises agricoles, leurs efforts tendent plus au maintien de leur rang social qu’à la conquête de nouveaux acquis.

• L’émergence de la bourgeoisie

L’émergence de nouvelles élites est possible en raison de la formation de la haute bourgeoisie dans des écoles, comme l’école des Hautes Études Commerciales (HEC) crée en 1881. Les intellectuels, les ingénieurs constituent les élites de la IIIème  République. Cette période constitue l’essor des grandes écoles françaises et d’universités célèbres en Allemagne ou aux États- Unis  qui contribuent à la formation d’un corps de hauts fonctionnaires ou, de ce que Pierre Bourdieu appellera, une «noblesse d’État» ou les « héritiers », amenés à jouer un rôle politique important.

Les grands industriels et les riches négociants s’enrichissent et leur fortune devient supérieure à celle des anciens notables. Cette bourgeoisie s’accroit  jusqu’à représenter une grande partie de la société. La grande bourgeoisie, à la tête d’entreprises industrielles, et la petite bourgeoisie constituée des petits commerçants, pèsent ainsi un poids économique conséquent dans la société.

Par ailleurs, outre son rôle financier  et social, la bourgeoisie est de plus en plus présente politiquement. Elle s’affirme avec le développement du régime parlementaire et fonde son pouvoir non seulement sur la propriété des moyens de production mais également sur l’organisation de grands groupes de pression efficaces face à l’État.

b) l’émergence de nouvelles classes sociales 

• Les ouvriers : de la misère aux conquêtes sociales

Il convient de séparer les artisans et les ouvriers professionnels hautement qualifiés qui travaillent dans des petits ateliers, des  paysans peu formés. Ceux-ci, recrutés par les industries nouvelles, constituent la majeure partie des ouvriers sous-qualifiés et ne partagent pas les progrès scientifiques du siècle.

La transformation du travail entraine des conditions de travail très difficiles. Les locaux professionnels sont sales, mal aérés, bruyants, encombrés. Les  tâches simples, précises, répétitives (le travail en miettes décrit par George Friedmann en 1956) sont supervisées par des contremaîtres stricts et la durée du travail est de 300 jours par an à raison de  14 heures de travail par jour.  Les salaires sont insuffisants, les femmes et enfants doivent donc travailler pour subsister à l’usine ou  dans les mines et ce dès l’âge de 6 ans ce qui entraine des malformations infantiles et une forte mortalité infantile. Cette main d’œuvre, docile et économique (femme : la moitié et  enfant : un quart du  salaire de celui d’un homme), constitue  la majorité de la main-d’œuvre employée dans le textile (50%).

Ces conditions extrêmement difficiles créent chez les ouvriers le besoin de s’organiser et entrainent le développement du syndicalisme qui  débute en Angleterre malgré son interdiction ainsi que celle des grèves dans la plupart des pays occidentaux. Le droit d’association et de grève ne sera obtenu que vers les années 1870 -1880 de même que l’autorisation de la formation des syndicats, leur regroupement en centrales et en fédérations. Les principales revendications sont  constantes et concernent la réduction de la journée de travail et l’augmentation des salaires. Les premières lois votées en la matière concerneront les femmes et les enfants : mise en place d’un âge minimum pour le travail des enfants, l’interdiction de leur emploi  dans les mines ou la réduction de la durée du temps de travail.

Ces conditions de travail exécrables s’accompagnent de conditions de vie, elles aussi déplorables. La création de centres  urbains,  mal conçus, situés prés  des usines qui sont elles mêmes implantées prés des sources d’énergie (eau, mine) et des chemins de fer, attirent une abondante main-d’œuvre qui s’entasse dans des logements insalubres, loués à des prix élevés , humides, mal chauffés, mal éclairés, sales, surpeuplés, infestés de vermine, avec une absence d’eau courante ce qui explique que l’espérance de vie d’un ouvrier soit limitée à 30 ans.

• L’émergence d’une classe moyenne à  la fin du XIXème siècle 

Cette classe moyenne se compose d’une multiplicité de catégories de travailleurs indépendants (petits commerçants) ou salariés ayant pour objectif d’exercer à terme une profession libérale ou le fonctionnariat, deux groupes dotés d’une grande liberté professionnelle ainsi que d’un important rayonnement social, culturel. Cependant, les artisans, les petits commerçants, et les fonctionnaires qui forment un nouveau fondement social accèdent peu à la vraie bourgeoisie que ce soit par le commerce ou les études mais résistent à la prolétarisation comme aux crises.

Au cours du XIXème siècle, les employés forment  le nouveau prolétariat. Urbains en majorité, ils constituent un nouvel échelon social. Mais à mesure que l’instruction primaire  se répand, l’employé en col blanc perd de sa rareté et il s’ensuit un écrasement des salaires. Leurs seuls avantages maintenus sont une plus grande sécurité et une absence de déclin du salaire avec l’âge.

Le XIXème siècle connait aussi une croissance massive du nombre de fonctionnaires due à l’apparition de nouvelles fonctions de l’État. Ainsi, à la différence des maitres de l’ancien régime, les instituteurs de la République sont dotés d’un statut, version laïque du clergé. Ces nouveaux venus comme les employés des PTT exercent un rôle  important dans le tissu rural. Cet  univers administratif hétérogène s’oppose au monde politique qui refuse de remettre en cause les notions héritées du Bonapartisme (autorité absolue des chefs, la centralisation, le poids de la hiérarchie et l’importance des inégalités salariales)

Les classes moyennes, toutes catégories confondues, exerceront à l’instar de la classe ouvrière des revendications dont les plus importantes sont sociales et notamment salariales car il n’est pas rare que ces employés soient obligés d’avoir deux emplois pour subsister.

En raison des conditions d’existence difficiles des classes moyennes et ouvrières, le besoin d’aide sociale est accru tout au long du XIXème siècle mais en l’absence de toutes interventions étatiques, ceux sont des fondations et des organismes privés qui organisent la prévoyance, seule l’Allemagne de Bismarck met en place un système d’assurance complet, précurseur de notre système de sécurité sociale.

La fin du XIXème  siècle marque la naissance de la protection sociale et on assiste à une hausse continue des salaires que seules les crises interrompent. Le syndicalisme l’emporte et de nouvelles théories sociales apparaissent telles que l’acquisition de logement par tous, l’accès à la formation. L’école primaire devient en outre obligatoire pour tous les enfants…  malgré beaucoup de résistance du clergé, des entrepreneurs et des familles ouvrières qui ont besoin de ces salaires pour survivre.

CONCLUSION

La révolution industrielle est un phénomène global qui a concerné tous les pays occidentaux. Les pays se répartissent selon leur mode d’industrialisation : précoce ou plus tardive.

Les pays à industrialisation précoce se caractérisent par une croissance lente. Il s’agit principalement de la Grande Bretagne qui connait une révolution tranquille, résultat d’un processus régulier sans discontinuité des rythmes de production avec des innovations techniques (machine à vapeur …), industrielles (développement des réseaux de chemins de fer qui favorise la seconde relance de l’économie) ou sociales (comme l’absence de privilèges économiques et d’ordres professionnels) et de la France dont la croissance se déroule sans take- off selon un rythme beaucoup plus lent dont l’étape décisive est marquée par le développement des chemins de fer et de la sidérurgie, entre 1840 et 1860 et par un dualisme plus persistant des secteurs avancés et des secteurs anciens (industries rurales, métiers urbains, artisanat). La France a aussi comme caractéristique l’importance de sa population agricole et une croissance des villes nettement moins liée à la demande de travail de la grande industrie.

Les pays à industrialisation plus tardive connaissent une croissance rapide. Les Etats-Unis bénéficient de conditions spécifiques. La révolution industrielle y franchit très tôt des étapes déterminantes, l’immigration britannique ayant transféré en Nouvelle-Angleterre la technologie de l’industrie textile dès les années 1800-1820. Fortement capitalistique, utilisant aussi bien les ressources hydrauliques que la vapeur, l’industrie du coton fut «dopée» par l’expansion rapide du marché intérieur et la conquête de l’espace (la  Frontière). Les besoins de l’agriculture expliquent également les performances élevées rapidement atteintes par l’industrie de la machine-outil. Après le ralentissement consécutif à la guerre de Sécession, la protection douanière et surtout l’arrivée massive d’immigrants européens relancèrent le dynamisme du pays, qui se retrouva au tout premier rang mondial dans la vague de changements techniques de la fin du siècle.

En Allemagne, au Japon, et en Russie, l’industrialisation est encouragée par l’’État du fait de leur situation particulière : absence d’unité (Allemagne), pays enclavé (la Russie), structures sociales figées (le Japon). La révolution industrielle allemande est plus tardive qu’en Angleterre, d’autant que l’absence d’unité du pays crée des situations très variables avant  l’unification de 1870. Avec une phase textile presque inexistante, l’industrialisation démarre en Allemagne par le développement  des  chemins de fer vers 1840. Les effets d’entraînement sur l’extraction minière et l’industrie lourde sont démultipliés dans les années 1860-1880, où s’affirment les grands pôles régionaux (Ruhr, haute Silésie). L’État Allemand s’engage aux cotés des entreprises et s’implique de façon pratique en favorisant un protectionnisme à visée « patriotique » et il n’hésite pas à se substituer si besoin aux investisseurs privés pour développer l’industrie.  A la fin du XIXème siècle, l’Allemagne se retrouve en avance sur les pays rivaux pour l’intensité des liens tissés entre banques et entreprises industrielles (les Konzern) et la précocité de l’introduction des innovations techniques dans la chimie et l’électricité.

Au Japon, compte-tenu des structures sociales et étatiques, les progrès sont également plus tardifs. C’est au cours de l’ère Meïji que le nouvel empereur instaure de nouvelles mesures qui en se substituant aux investissements privés permettent un véritable décollage industriel: le yen est créé en  1871, la Banque du Japon en 1882, et l’État permet un transfert de technologies dans les principaux secteurs industriels (chantiers navals, sidérurgie, textile).

En Russie, le Tsar Alexandre II essaie de favoriser le même  développement mais les structures féodales sont plus rigides (fin du servage: 1861) et le gouvernement doit palier au manque de capitaux en empruntant à l’étranger (les emprunts russes). Les progrès seront donc plus difficiles à mettre en place. Après la signature de la double alliance avec la France en 1893, la Russie a reçu des prêts importants  pour le développement industriel. L’état a joué un rôle moteur dans la constitution, le financement et la gestion de presque toutes les nouvelles industries. En conséquence, les grandes villes industrielles se développent rapidement et le prolétariat est devenu une catégorie sociale importante dans la société russe.  En 1914, leur nombre a probablement atteint environ deux millions et quart  En 1917, la Russie a environ trois millions de travailleurs et elle constitue la 5ème puissance industrielle mondiale mais les structures du pays sont fragiles notamment dans le domaine agricole et les crises nombreuses.

Malgré des différences de modèles, la révolution industrielle est donc un processus qui conduit à un changement radical dans les techniques et les modes d’organisation de la production.

Pour la majorité des auteurs, la crise de 1873, de par son importance, marque la fin de la première révolution industrielle. Cette crise sera suivie par une phase de croissance soutenue jusque dans les années 30. Cette reprise est essentiellement due à une seconde révolution industrielle reposant sur une nouvelle vague de progrès dans tous les domaines (connaissance de la terre avec de nouvelles explorations, de la matière (notamment la classification des éléments de Mendeleïev), du vivant (théorie de l’évolution de Darwin), de l’homme (Freund) et de la médecine (médecine expérimentale, pasteurisation). De nouvelles sources et formes d’énergie sont exploitées et remplacent progressivement le charbon et de nouvelles industries se créent telle que l’industrie chimique. Le domaine des communications est aussi fortement bouleversé grâce à un développement rapide des voies et moyens de communications ce qui permet la mise en place d’une première mondialisation de l’économie. La concentration des entreprises se renforce jusqu’à créer de véritable monopole. Cette nouvelle étape du capitalisme débouchera logiquement sur l’expansion coloniale.

Enfin, depuis les années 1970, une « troisième révolution industrielle » transforme radicalement nos sociétés. Elle se traduit par l’essor de la révolution informatique, par le développement accéléré des sciences et des technologies de l’information et de la communication et par les avancées de la biologie, de la génétique et de leurs applications ce qui permet l’essor de réseaux planétaires, privés ou publics, qui sont l’agent principal de la mondialisation et en accélèrent le cours. Cependant, nous ne pouvons pas encore appréhender de façon correcte quel est l’impact de cette situation sur les institutions ou sur les cadres hérités de l’histoire que sont l’école, l’État-nation, le travail, la famille, la culture, la ville ? Le risque principal n’est-il pas celui de la rétractation de l’espace public et de l’érosion du contrat social ?

La révolution industrielle n’est donc pas un phénomène limité au XIXème siècle mais plutôt une évolution de nos sociétés occidentales commencée au cours du XVIIIème siècle et qui perdure jusqu’à aujourd’hui au gré des innovations technologiques.

BIBLIOGRAPHIE

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• Pierre Pascal, , Précis d’Histoire économique, Paris, Ellipses, 2006

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• André et Loïc Philip, Histoire des faits économiques et sociaux de 1800 à 1945, Paris, Dalloz, 2000

• Maurice Niveau et Yves Crozet, Histoire des faits économiques contemporains, Paris, PUF, 2000

• Michel Margairaz, Histoire économique XVIIIe-XXe siècle, Paris, Larousse, 1992

• François Crouzet, Histoire de l’économie européenne 1000-2000, Paris, Albin Michel, 2000

• Marc Montoussé, Economie et histoire des sociétés contemporaines, Paris, Bréal, 2001

 

Rédigé par vroox idans Thèmes et Commentaires (2)

2 commentaires

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