Questions Economiques

Discussions sur l'économie et supplément aux cours

Portée et limites du concept de «développement durable».

Sujet : Portée et limites du concept de «développement durable».

      «Halte à la croissance». C’est le titre donné, lors de sa parution en France, en 1972, au rapport rendu par le «Club de Rome». Ce rapport est l’un des premiers à remettre en cause la pérennité du modèle de croissance continue adopté par l’ensemble des grands pays industrialisés, du fait de l’utilisation intensive de ressources naturelles finies mais également par l’accroissement des pollutions en tous genres.

    Le développement durable est apparu dans le «rapport Brundtland» de 1987 et intervient en réponse à l’échec de l’idée d’éco-développement issu des réflexions de la conférence de Stockholm en 1972. Il se définit comme «un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs».

    Tout développement étant censé être voué à durer, l’émergence de la notion de développement durable fait à la fois le constat de l’échec du modèle de développement contemporain et soulève la nécessité d’inscrire dans la durée les choix effectués dans l’adoption des modes de production. Dans ce cadre, il convient de s’interroger sur l’étendue d’un tel concept ainsi que sur ses limites.

    En effet, le développement durable permet de répondre aux besoins actuels et futurs, par le biais d’un véritable modèle de gouvernance. Toutefois, l’accroissement des inégalités et la récupération de cette notion par les partis politique ou les entreprises induisent des oppositions quant à la définition de la durabilité.

I / L’importance des enjeux du développement durable exige une profonde transformation des modes de gouvernance

    Le développement durable permet la satisfaction des besoins actuels des individus comme ceux des générations futures et implique pour cela une organisation rigoureuse et efficace.

     A) La réponse aux besoins des générations actuelles et à venir comme enjeu fondamental.

1) L’indispensable protection de l’environnement et la prise en compte d’aspects économiques et sociaux.

     La problématique environnementale a fait l’objet d’une prise de conscience récente et met un terme à des siècles d’occultation de la destruction des écosystèmes et d’exploitation irraisonnée des ressources naturelles. En effet, la nécessité de protéger la diversité des gènes, des espèces animales et végétales s’est progressivement érigée en devoir pour l’humanité. Cette progression peut valablement s’expliquer par l’émergence du concept de «bien public mondial».     Cette notion est utilisée depuis la fin des années 1990 par des organisations internationales qui soulignent les effets du processus de mondialisation sur certains risques et qui admettent l’idée que puisse exister des biens appartenant à l’espèce humaine dans son ensemble et dont la protection est l’affaire de tous. En ce sens, le politologue Bertrand Badie et la spécialiste de politique internationale Marie-Claude Smouts affirment que, dans les domaines de la santé, de l’évolution du climat ou de la biodiversité, des biens publics mondiaux «appartiennent à l’ensemble de l’humanité et doivent être considérés comme élément dont chacun est responsable pour la survie de tous».

    Il convient toutefois de souligner l’apparition récente d’une tendance à la contestation des données sur les changements climatique et au doute quant à la véracité des études menées dans le domaine environnemental. En effet, les succès des films d’Al Gore, «Une vérité qui dérange», et de Yann Arthus Bertrand, «Home», peuvent être révélateurs d’un attrait certain des habitants des pays occidentaux pour les questions écologiques. Toutefois ces questions n’ont pris une place centrale dans le débat public qu’au cours des dernières décennies et certaines études sont contestées à cause de l’absence de fondement scientifique qui les caractérise. Par exemple, les premières analyses de l’effet de serre dans les années 1980 ont alarmé les populations et les gouvernements sur l’aggravation du trou de la couche d’ozone, cette partie de la stratosphère qui absorbe une grande partie du rayonnement ultraviolet. La cause unique qui a été désignée impliquait alors les chlorofluorocarbures, ou «CFC», utilisés principalement dans l’industrie du froid ou les bombes aérosols. Malgré la signature en septembre 1987 et la ratification universelle, par 196 pays, du Protocole de Montréal en 2009 prévoyant la réduction des émissions de 50% en dix ans, les CFC ne semblent pas être la cause unique de l’élargissement du trou de la couche d’ozone. En effet, l’existence de ce dernier a été avérée en 1956 et il a parfois connu des périodes d’amélioration, comme en 2002, alors que les gaz incriminés se sont développés de manière exponentielle depuis les Trente glorieuses.

    Malgré ce vent de contestation qui semble souffler sur la question environnementale, des méthodes de protection de l’environnement ont été proposées, notamment à l’issue du sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio de Janeiro en 1992. Les réflexions qui en émanent conduisent à entrevoir la possibilité d’une limitation de la croissance en fonction de son impact à long terme sur l’environnement. Selon le degré de confiance accordé aux mécanismes de marché, peut être adoptée l’optique dite de la «soutenabilité faible» ou bien celle de la «soutenabilité forte».

    Dans la première vision, les mécanismes incitatifs mis en place par l’État sont réputés induire l’émergence de solutions techniques compatibles avec l’environnement. Ainsi, le simple fait de la raréfaction d’une ressource entraine une augmentation de son prix et incite les agents à innover pour économiser celle-ci.

    Dans le cadre de la seconde, il s’agit de définir des normes strictes pour contraindre les agents à tenir compte de l’impact de leur activité sur l’environnement et les ressources naturelles. Ainsi, ont pu être mises en place des mesures destinées à garantir le renouvellement des ressources halieutiques, par l’instauration de restriction périodiques à la pêche.

     La problématique environnementale est inséparable des deux autres piliers du développement durable que sont les domaines économique et social.

    Dans la sphère économique, comme le souligne le philosophe Hans Jonas en 1979 dans Le Principe Responsabilité , c’est le rôle du progrès technique dans le développement économique par rapport aux problèmes environnementaux, mais aussi sociaux, qui est en question. Jonas précise également que même les événements jugés imprévisibles sont imputables à l’homme et qu’il faut donc appliquer le principe de précaution pour prévenir les conséquences nuisibles. Le principe de responsabilité appliqué au développement durable implique une responsabilisation à la fois individuelle et universelle sur les conséquences sociales, environnementales et économiques des actions mais aussi des décisions de chaque individu.

    Dans le domaine social, se pose la question de l’équité. En effet les individus les moins aisés subissent de manière accentuée les effets des crises écologique et climatique. De plus, le désir légitime des pays en développement d’atteindre le degré de prospérité des pays du Nord pourrait, s’il est fondé sur les mêmes principes, conduire à une accélération de la dégradation de l’habitat humain et de la biosphère.

    Depuis les chocs pétroliers de 1973 et 1979, avec la succession des crises économique et la diminution de la croissance économique observée depuis les années 1970, le modèle du capitalisme productiviste qui est celui des pays occidentaux depuis le XXème siècle semble être en crise et soulève la question de sa pérennité.

        2) L’abandon inévitable du modèle de développement contemporain 

     La fin de l’utilisation de la ressource pétrolière est inéluctable du fait de son caractère épuisable. Cependant, l’abandon du pétrole comme matière première dans le circuit productif serait loin d’être chose facile. En effet, depuis près de deux siècles le modèle industriel est dépendant de cette ressource et l’inertie du système productif contemporain comme celle des logiques économiques et sociales seraient d’une intensité telle que les délais proposés, à plusieurs reprises, pour envisager l’abandon des huiles minérales seraient bien trop courts.

C’est donc sous le titre «Halte à la croissance» que parut en France, en 1972, le rapport dit du Club de Rome. Le rapport «Meadows» est l’un des premiers à annoncer que, entre l’épuisement des ressources naturelles et l’augmentation de la pollution, le modèle de croissance continue adopté par les pays industrialisés conduirait à des catastrophes écologiques et sociales majeures avant l’an 2100. Réalisé en collaboration avec des experts travaillant pour le compte du Massachusetts Institute of Technology, le rapport s’intitulait The Limits to Growth, mais dans le contexte des mobilisations environnementales massives des années 1970, de la première bataille du nucléaire, de la montée des critiques dirigées contre les «dégâts du progrès» et de l’aliénation par la consommation, il serait plus réaliste de parler d’un arrêt de la croissance plutôt que de ses limites. Une génération plus tard, les objectifs sont loin d’être atteints car les blocages et oppositions à la transformation des modes de production et à la mise en place d’une économie plus autonome sont massifs. Avec le rapport Meadows, le «Club de Rome» s’inscrivait dans la continuité de la pensée du pasteur anglican Malthus.     Ce dernier, dans son Essai sur le principe de population publié en 1798, avait mis en évidence la nécessité de mettre en place des politiques de restriction des naissances. Il considérait en effet que la progression géométrique ou exponentielle de la population n’était pas compatible avec l’évolution arithmétique de la production. L’évolution des sociétés contredit l’analyse malthusienne car celle-ci n’intègre pas l’influence de progrès technique. Ainsi, malgré l’envolée démographique qui a caractérisé notamment les pays industrialisés depuis le XIXème siècle, les sociétés n’ont pas connu de véritable mouvement global de paupérisation. Toutefois, si le seuil de déclenchement de la loi des rendements décroissants a été plus éloigné que ce que Malthus annonçait, le moment à partir duquel le coût de la mis en culture des terres disponibles, ou celui de l’exploitation des ressources naturelles, sera supérieur au rendement qui en résultera ne pourra pas être repoussé indéfiniment.

    En outre, la question de la «soutenabilité» de la croissance a été posée par les adeptes du «Club de Rome» qui mettaient en évidence les effets de la pollution sur l’être humain. Lors de la mise à jour du rapport Meadows, en 2002, le délai d’adaptation avant la rupture n’était plus que d’un dizaine d’années. Pour prévenir la catastrophe, le «Club de Rome» prévoyait des mesures radicales telles que la limitation du nombre d’enfants à deux par femme dans le but d’accélérer le rythme de la transition démographique. Une taxation importante de l’industrie était également réclamée dans le but de parvenir à un arrêt de la croissance et de transférer les ressources ainsi prélevées vers des secteurs comme l’agriculture, les services mais surtout pour la lutte contre la pollution. La désindustrialisation des économies développées, résultant de la mondialisation et de la concurrence des pays pratiquant des bas coûts de main d’œuvre, est en marche et elle est lourde de conséquences sur le plan social notamment, avec une hausse du chômage et une paupérisation des populations faiblement qualifiées. Par manque de réalisme probablement, les solutions proposées par le «Club de Rome» sont un échec. Ceci peut s’expliquer d’une part, par le refus des pays du tiers monde de laisser perdurer les inégalités, et d’autre part des sociétés occidentales attachées à leur nouveau confort et de moins en moins soucieuses du lendemain. Si le pire n’est jamais sûr et si la ruse de la raison qui a guidé les grandes évolutions historiques, selon Hegel, peut conduire à une adaptation, même in extremis, des comportements individuels, les modifications indispensables à la survie de la société seront d’autant moins difficiles à supporter qu’elles seront engagées rapidement.

  1. L’instauration nécessaire d’une gouvernance du développement durable. 

      1) La gouvernance supra-étatique.

    La plupart des problèmes environnementaux comme le réchauffement climatique, en grande partie lié aux émissions de gaz à effet de serre, ou bien les conséquences d’éventuels accidents nucléaires, se posent à une échelle globale et planétaire. En effet, les caractéristiques intrinsèques de ces difficultés conduisent à un anéantissement de l’action isolée d’un ou de quelques États. L’accent est donc mis sur le fait que la planète et son écosystème constituent un bien commun de l’humanité, et que les actions dirigées contre les problèmes environnementaux doivent être réalisées de manière collective.

    Historiquement, le concept de développement durable a été introduit à la suite d’une longue période de négociations au niveau mondial. La première conférence internationale concernant le développement durable a eu lieu à Stockholm en 1972. Ce «sommet de la Terre» a accueilli la Conférence de Nations Unies sur l’Environnement Humain et a, pour la première fois, admis les questions écologiques au rang de préoccupations internationales. Cette conférence a conduit à l’adoption d’une déclaration de vingt-six principes et d’un vaste plan d’action destiné à lutter contre la pollution. Elle a également donné naissance à un Programme des Nations Unies pour l’Environnement. À cette époque, les chefs d’État se sont engagés à se rencontrer tous les dix ans pour faire le point sur l’état de la Terre. En 1982, a eu lieu le sommet de la Terre de Nairobi, au Kenya, puis en 1992 s’est déroulé le troisième sommet à Rio de Janeiro et enfin, en 2002 c’est la ville sud-africaine de Johannesburg qui a été sollicitée. C’est Rio qui devrait à nouveau accueillir le prochain sommet de la Terre en 2012, avec pour thème principal l’émergence d’une «économie verte». Lors de ces rencontres, les représentants des États, des organisations non gouvernementales, et même des entreprises discutent des grands enjeux au niveau mondial, mais également des modes de pilotage à mettre en œuvre dans les collectivités territoriales pour véritablement concrétiser le concept de développement durable.

    Dans le cadre de l’Union européenne, certains pans du droit de l’environnement se sont progressivement déplacés des États membres vers le niveau européen car celui-ci est apparu subsidiairement plus adapté pour traiter des question touchant à un phénomène global tel que l’environnement. L’Union européenne a donc capté des compétences autrefois détenues par les États dans un souci d’uniformisation du droit en matière d’environnement. Cette réglementation devra, la plupart du temps, faire l’objet d’une transposition dans le système normatif des pays membres. L’apparition de ce nouvel échelon pourrait poser des problèmes au niveau de l’échelle d’intervention qui conduiraient à un ralentissement, voire à une paralysie de la politique de développement durable. L’Union européenne exige en outre des États qu’ils définissent et mettent en œuvre une stratégie nationale de développement durable. En 2004, une charte de l’environnement a été rédigée sous l’impulsion du président Jacques Chirac et la France s’est alors présentée comme le premier État à inclure l’environnement dans sa Constitution. (À VÉRIFIER, IL SEMBLE QUE CERTAINS ÉTATS AVAIENT DÉJÀ INSCRIT L’ENVIRONNEMENT DANS LEUR NORME FONDAMENTALE)

       2)  La gouvernance infra-étatique.

     Depuis le sommet de la Terre de Rio en 1992, puis la signature de la charte d’Aalborg en 1994, qui prône une adaptation des fonctions urbaines aux exigences du développement durable, les territoires étatiques se sont placés au cœur des politiques de développement durable. L’«Agenda 21», qui est désigné comme étant un plan d’action pour le XXIème siècle, a été adopté lors du sommet de Rio de 1992. Ce plan d’action décrit les domaines dans lesquels doit s’appliquer le développement durable dans les collectivités. Pour ce faire, ces dernières sont habilitées à coopérer avec les entreprises, les Universités ou encore les centres de recherche pour parvenir à trouver des solutions innovantes et viables pour l’application de la politique de développement durable dans l’avenir. Il existe également des «Agenda 21 locaux» qui peuvent être introduits à l’échelle de la commune, du département ou de la région, mais également au niveau de la communauté de communes ou d’agglomération. Après avoir défini les problématiques et les priorités sociales, environnementales et économiques propres au territoire concerné, un plan d’action est établi et mis en œuvre. S’en suivent des évaluations et des ajustements des actions menées. Les initiatives en ce sens se multiplient et, début 2010, neuf grandes villes on envisagé la création d’un label écologique pour la gestion de leurs espaces verts. Ces collectivités s’engagent notamment à ne plus utiliser de produits phytosanitaires pour l’entretien des jardins publics. D’ici la fin de l’année 2010, un «référentiel écologique» devrait voir le jour pour définir le cahier des charges à respecter pour l’obtention du futur label «jardin écologique».

    Certaines entreprises, du fait de leur poids sur la scène internationale et de leur consommation élevée de ressources, peuvent également disposer d’une capacité d’intervention conséquente nécessaire à la mise en place de politiques de développement durable. En effet ce sont elles qui participent directement au développement économique dans le cadre de leur production. Elles influent aussi sur les inégalités, de par les conditions de travail qu’elles proposent à leurs salariés. Ce sont enfin elles qui consomment la plus grande part des ressources naturelles, qui rejettent le plus de déchets et qui génèrent la plus forte pollution.     Elles on donc un rôle majeur à jouer dans le domaine environnemental. La «responsabilité social » ou «sociétale» des entreprises, ou «corporate social responsability», désigne le respect d’objectifs de développement durable par les entreprises. Les entreprises intègrent donc des préoccupations sociales et environnementales sur une base volontaire en s’appuyant sur des normes établies, comme dans le cadre de la loi française sur la «nouvelle régulation économique» de 2001 qui prévoit une incitation des entreprises cotées en bourse à inclure dans leur rapport annuel des informations relatives aux conséquences sociales et environnementales de leurs activités. Des «directions du développement durable» sont apparues au cours des dix dernières années dans les entreprises pour parvenir à une évolution des comportements internes et à une matérialisation des responsabilités sociales et environnementales.

II / Soumis au risque d’une instrumentalisation, le développement durable reste une notion dont la clarification s’avère essentielle.

    La question des inégalités et le risque de récupération de la notion induisent des oppositions sur la définition même de la durabilité.

A) L’accroissement des inégalités et la récupération de la notion de développement durable. 

1) L’accroissement des inégalités.

    Le concept de développement durable doit être associé au phénomène de l’accroissement des inégalités. Ceci s’explique, d’une part, par le fait que le développement durable a notamment pour finalité la réduction des disparités économiques et sociales pouvant exister entre les individus ou les pays, et d’autre part parce que le développement durable est lui-même issu des problématiqueS liées aux inégalités de richesses. Il existe en effet un risque que le concept polymorphe de développement durable dérive vers une conception malthusienne de l’économie, qui ne serait pas adaptée à l’évolution de la société. En effet, il serait légitime de se demander dans quelle mesure des pays riches et comprenant une industrie développée, pourraient proposer, ou plutôt imposer, une vision limitative de leur processus de développement industriel aux pays en développement. Malgré la viabilité théorique du concept et de ses objectifs, le spectre de manœuvres protectionnistes de la part de pays craignant une trop forte concurrence n’est pas à exclure. En outre, il convient de préciser qu’en pratique, les pays développés ne se privent en aucune manière de commercer avec la Chine, malgré les risques de dérive de l’empreinte écologique de celle-ci.

    Certaines puissances parvenues à la maîtrise des technologies de l’information sont susceptibles de phagocyter les procédures de normalisation et les mécanismes de régulation internationales pour satisfaire leurs intérêts. Ceci peut constituer un risque de voir les plus riches imposer aux plus pauvres un modèle encore plus inégalitaire dans la répartition des savoirs et des ressources naturelles que le précédent. C’est pour éviter cette situation que sont développés des logiciels dits «open source» et que sont crées les sociétés destinées à leur mise en œuvre telles que les «sociétés de services en logiciels libres».

                  2) La récupération de la notion de développement durable par les partis politiques et les entreprises.

     Le concept de développement durable est marqué par son caractère vague et polysémique. L’un des risques majeurs qui peut alors se produire est la récupération de la notion à des fins étrangères ou très éloignées du but premier. Ainsi, le label «développement durable» peut être récupéré pour justifier des actes n’ayant plus véritablement de rapport avec l’acception commune du développement durable. Prenant appui sur ce dernier, l’émergence d’un «tourisme durable» semble avoir pour mot d’ordre l’élitisme. Ainsi, sous le prétexte de la protection de l’environnement, cette forme de tourisme met en place des barrières entre les classes sociales, les moins aisées ne pouvant pas toujours faire face aux tarifs prohibitifs proposés pour vivre cette expérience. Cette pratique semble donc ne pas tenir compte de l’aspect social du concept de développement durable.

    Une fois intégré dans le discours tenu par certains partis politiques ou bien dans les milieux d’affaires en France, le développement durable devient souvent un moyen de masquer l’inaction des gouvernants et de continuer dans le même cadre productif, plus qu’un moyen de réorientation. En effet, il convient de souligner l’écart de langage entre la présentation des problèmes à affronter et les actions effectivement engagées à cette fin. D’où la crainte partagée par certaines organisations intergouvernementales attachées à la protection de l’environnement, de voir la notion de développement durable devenir le «cheval de Troie» d’une remise en cause précaire du modèle actuel, dont certaines politiques environnementales ne furent pourtant mises en place qu’au prix de vives luttes.

    Le développement durable a été présenté, dès ses débuts, comme une problématique globale visant à contraindre les individus à réfléchir sur les modes de développement de la société dans son entièreté. Or la discussion sur le développement durable semble ne tourner aujourd’hui qu’autour de la responsabilité sociale des entreprises, comme si ces entités étaient le niveau idéal pour agir sur les problématiques environnementales et pour ériger des politiques de développement durable. Même si les entreprises sont un lieu privilégié de discussion sur ces questions, elles ne sont pas la seule alternative. Cette surestimation de la place de l’entreprise semble être la résultante du discours tenu par certains gouvernements ou responsables des collectivités publiques, qui rejettent ainsi une responsabilité qui leur incombe naturellement. Le discours tenu sur le développement durable tend également à véhiculer l’idée selon laquelle les problèmes sont en passe d’être résolus, alors qu’ils ne sont encore que dans une phase d’identification. Par exemple, en ce qui concerne l’effet de serre, de nombreuses études, réflexions ou discours ont été menés depuis plus de vingt ans. Malgré cet engouement visible, les plans qui existent dors et déjà ne permettront probablement pas à la France d’atteindre les objectifs fixés pour la période 2008-2012. Certaines entreprises ventent les mérites d’une automobile plus propre, comme pour la Prius de Toyota, ou d’un «kWh vert» comme dans le cas d’EDF. Il faut alors se demander si le concept de développement durable ne fait pas en réalité l’objet d’un dévoiement. D’aucuns ont pu affirmer que la plus grande pollution est, sans nul doute, celle des mots, et qu’il s’agit de préserver le développement durable du mensonge.

B) La définition même de la « durabilité » comme source d’opposition.

          1) La complexité d’une alternative entre «durabilité faible» et «durabilité forte».

     En 1987, le rapport de la commission des Nations Unies présidée par Gro Harlem Brundtland, alors Premier ministre de la Norvège, est rendu public. Ce rapport propose une définition du développement durable et sert de base au sommet de la Terre de Rio en 1992. Si la dimension écologique du développement durable n’est alors plus à démontrer, ce concept insiste également sur les notions de «solidarité intergénérationnelle» et d’«équité intergénérationnelle», ce qui lui confère une dimension sociale importante par l’objectif de réduction des inégalités. Composante du développement durable, la croissance est perçue comme l’outil nécessaire pour améliorer la situation des pays les moins développés. Au vu de ces constatations et des risques de dérives dans l’emploi de la notion de développement durable, la question qui se pose alors est celle de la définition même de la soutenabilité, ou de la durabilité de la croissance. Malgré des études très détaillées sur la question, le rapport Brundtland ne parvient pas à trancher entre les deux conceptions usuelles de la durabilité.

En premier lieu, la théorie de la «durabilité faible» postule l’existence de trois types de capital qui peuvent se substituer les uns aux autres. Il peut donc s’agir d’un capital naturel, humain ou physique. D’après cette vision, des mécanismes de marché, tels que les prix relatifs, doivent être associés à une politique environnementale adaptée, consistant par exemple, soit en une taxation, soit en des droits de propriété comme les droits à polluer issus de l’accord de Kyoto de 1997. Cette association devrait être à même d’assurer, selon certains, la soutenabilité de la croissance. Cette conception optimiste repose sur une confiance accordée au progrès technique dans la réponse aux défis technologiques. Elle s’appuie notamment sur la «courbe de Kuznets environnementale» issue des travaux des économistes Grossman et Krueger en 1994. En vertu de cette courbe, au début de la période de développement économique, l’industrialisation relègue les problèmes environnementaux au second plan. Une fois les besoins primaires pourvus, la tendance s’inverse et la société à alors la volonté et les moyens de protéger l’environnement, et l’utilisation des ressources pour créer une unité de richesse a tendance à diminuer.

    Pour ce qui est de la «durabilité forte», les trois formes de capital ne sont pas substituables et des contraintes doivent être mises en place dans la gestion du capital naturel. Par exemple il faut limiter le prélèvement des ressources naturelles à leur capacité de régénération. Cette seconde approche accorde une confiance moins grande dans le recours aux mécanismes de marché comme moyen de gestion du capital naturel, car cela pourrait avoir pour effet d’accroître la consommation des ressources naturelles, jusqu’à en faire une utilisation excessive.

    Ces hésitations quand à la marche à suivre dans la mise en œuvre de politique de développement durable conduisent parfois à une contestation des fondements mêmes de cette notion.

                    2) De la contestation de l’idée même de développement durable à la tentation de la décroissance.

     Malgré la multiplication des efforts, des conférences ou encore de l’action des organisations non gouvernementales, l’évolution de la situation mondiale depuis le début des années 1990 ne semble guère encourageante. En effet, les émissions de gaz à effet de serre restent préoccupantes, la déforestation ne ralentit pas et les espèces vivantes continuent à disparaître à un rythme qui reste soutenu. Ces navrantes constatations conduisent de plus en plus de spécialistes à rompre avec l’idée même de développement durable. Certains en viennent même à plébisciter la «décroissance soutenable» pour pallier les problèmes rencontrés par les sociétés contemporaines. C’est notamment le cas de l’économiste américain Nicholas Georgescu-Roegen qui est considéré comme le théoricien de la décroissance. Il considère que le modèle économique érigé par les économistes néoclassique ne prend pas en compte le principe de dégradation applicable à l’énergie et à la matière. Il introduit alors dans son modèle économique un principe, emprunté au domaine de la thermodynamique, qui est celui d’«entropie». Aux flux économiques qui parcourent le circuit productif, l’auteur ajoute de l’énergie et de la matière et montre que par l’effet des différents processus de production, celles-ci subissent une dégradation irréversible. Par exemple, en ce qui concerne la fabrication d’un ordinateur, d’une part, les matières premières nécessaires sont fragmentées et disséminées dans le monde entier et l’entité d’origine reste impossible à reconstituer, et d’autre part, l’énergie nécessaire à la fabrication de cette machine s’est dissipée à jamais. C’est en tenant compte de ces paramètres que N. Georgescu-Roegen préconise une remise en cause radicale des modes de production et de consommation s’impose (?). Il faut donc mettre un terme au mode de production productiviste et se concentrer sur la qualité de vie, plutôt que sur la quantité de biens et de services qu’il est possible d’acquérir. Cette position reste toutefois minoritaire et beaucoup d’économistes soulignent qu’une part non négligeable de la population reste privée de l’accès à un logement, à la santé ainsi qu’à l’éducation. Une croissance négative ne serait, en conséquence, surement pas une bonne solution à apporter à ces individus.

Conclusion :

     L’objectif de satisfaction des besoins présents et futurs qui caractérise le concept de développement durable d’après le rapport Brundtland de 1987 ne peut être atteint que par le biais de l’instauration et du renforcement d’une véritable gouvernance de cette forme de développement.

Toutefois, la problématique sociale avec l’intensification des inégalités mais également la récupération de la notion de développement durable à des fins mercantiles ou, tout du moins, fortement éloignées des idées fondatrices font vaciller les certitudes et soulèvent des interrogations quant à la définition même de la «durabilité» ou de la «soutenabilité» du développement. Certains économistes prédisent même la fin du développement durable, tant la notion reste vague et susceptible de dévoiement.

    Au vu de ces constatations et de ces divergences, il s’agit de s’interroger sur les manières, les instances et les procédures de consultation qui pourraient conduire à une prise en compte effective d’un intérêt collectif appréhendé à long terme et à l’échelle de la planète.

COMMENTAIRE :

TRÈS BON TRAVAIL. VOUS N’ABORDEZ CEPENDANT PAS LA DIMENSION CULTURELLE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE. CERTAINS DE VOS DÉVELOPPEMENTS SONT PLUS JURIDIQUES QU’ÉCONOMIQUES.

Rédigé par vroox idans Dissertations corrigées et Commentaires (4)

4 commentaires

  1. Commentaire by CA on 28 janvier 2012 at 15 h 07 min

    Et pour voir plus concrètement les implications du concept et la manière dont il s’applique :
    Yannick Rumpala, Développement durable ou le gouvernement du changement total, éditions Le Bord de l’eau, collection « Diagnostics », 2010.
    (avec une présentation sur le site de l’auteur : http://yannickrumpala.wordpress.com/2010/10/29/developpement-durable-ou-le-gouvernement-du-changement-total/ )

  2. Commentaire by coco on 21 avril 2013 at 12 h 17 min

    Ce que vous avez écrit ne correpond pas du tout au titre de votre article, où sont indiqué les limites?

  3. Commentaire by salma on 15 août 2013 at 17 h 32 min

    bon travail, mais la dissertation est très longue, y a-il une possibilité de publier des dissertation moins longue que celle-ci .

  4. Commentaire by Jessy on 10 octobre 2015 at 9 h 23 min

    Au début: cool je vais efin savoir ce que c’est les limites
    3 h après: c’est quoi les limites?

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