Questions Economiques

Discussions sur l'économie et supplément aux cours

Préservation de l’environnement et compétitivité économique

Préservation de l’environnement et compétitivité économique

Introduction :

« Les préoccupations relatives aux ressources dont disposent les hommes n’ont jamais manqué », affirme Alexandre Kiss.

Certes l’homme préhistorique devait quotidiennement résoudre la question de sa survie dans un milieu hostile. Toutefois, il n’était pas confronté à la modification de ses conditions de vie par le fait de son activité productive.

Or, c’est bien le problème qui se pose aujourd’hui si l’on voit les conséquences néfastes de la compétitivité économique des entreprises sur l’environnement, quelles que soient les formes sous lesquelles il se présente : déforestation, pollution, effondrement de la biodiversité ou encore réchauffement climatique.

            En effet, l’environnement est compris comme l’ensemble des composants naturels de la planète Terre, comme l’air, l’eau, l’atmosphère, les roches, les végétaux, les animaux et l’ensemble des phénomènes et interactions qui s’y déploient.

            Au XXIe siècle, la protection de l’environnement est devenue un enjeu majeur, en même temps que s’imposait l’idée de sa dégradation à la fois globale et locale, à cause des activités polluantes.

            La préservation de l’environnement est un des trois piliers du développement durable. C’est aussi le septième des huit objectifs du millénaire pour le développement, considéré par l’ONU comme « crucial pour la réussite des autres objectifs énoncés dans la déclaration du Sommet du Millénaire. »

            Quant à la compétitivité économique des entreprises, si l’on croit le conseil économique social et environnemental (CESE), c’est l’aptitude des entreprises à faire face à leurs concurrents, par leur capacité d’être compétitives sur le prix, par leur capacité à proposer régulièrement des innovations et des services additionnels.

            Aujourd’hui, les questions environnementales représentent un enjeu stratégique pour les entreprises.

Longtemps subordonné aux besoins de l’activité économique et considéré comme un ensemble de ressources illimitées, l’environnement apparaît davantage comme une préoccupation collective qui doit être intégrée aux activités productives.

            Les pressions réglementaires et sociétales pour le respect des écosystèmes imposent des contraintes auxquelles les entreprises ne peuvent se soustraire sans compromettre la légitimité de leurs activités.

            La prise en compte de l’environnement est-elle alors un passage obligé pour les entreprises ? Les entreprises peuvent-elles être économiquement compétitives tout en étant respectueuses de l’environnement ?

            En tout état de cause, l’ouverture aux valeurs environnementales et les investissements dans des équipements de dépollution apparaissent comme une nécessité pour assurer la pérennité des activités industrielles.

            La réponse de la firme aux pressions externes et aux contestations sociales est d’ailleurs un thème classique de réflexion de la stratégie et de l’analyse économique.

            De nombreux modèles, souvent repris dans l’étude des politiques environnementales, se sont ainsi attachés à analyser la réaction plus ou moins « proactive » de l’entreprise face aux pressions sociétales.

            Cependant, depuis quelques années, ces questions tendent à apparaître davantage comme une source d’opportunités économiques que comme une contrainte à laquelle les entreprises doivent se soumettre.

            Le concept de développement durable, omniprésent dans le discours des entreprises et des gouvernements depuis la fin des années 1980, a largement contribué à populariser cette vision « win-win » des relations entre les actions environnementales et les intérêts économiques.

            Selon Michael Porter en particulier, les pressions environnementales et les investissements verts contribuent à améliorer la compétitivité économique des entreprises ainsi que celle des nations où la réglementation est la plus sévère.

            En effet, la réduction de la pollution tend à stimuler l’innovation, à réduire les quantités de matières et d’énergies utilisées, et donc à accroître la productivité, laquelle se définit comme le « rapport du produit aux facteurs de production (quantité d’énergie, temps de travail, etc.) ».

            Cette logique vertueuse, qui entend minimiser les ressources utilisées et les contaminants rejetés pour améliorer l’efficacité des procédés est au centre de la quête d’éco-efficience qui connaît un intérêt croissant depuis la fin des années 1990.

            Ainsi, si certaines entreprises ont exploité l’argument environnemental pour accroître leur compétitivité économique, d’autres par contre sont réticentes à intégrer l’environnement dans leur stratégie car cela augmenterait leurs coûts.

            Pourtant, les ressources planétaires ne sont pas infinies. L’exemple le plus connu est le pétrole. Il est donc nécessaire et aujourd’hui urgent de maîtriser leur consommation pour ne pas laisser les générations futures dans un grand désarroi.

            Pour autant, peut-on allier environnement et compétitivité économique des entreprises ?

            S’il apparaît une alliance a priori difficile ente environnement et compétitivité économique des entreprises, notamment en ce que l’environnement est perçu comme une contrainte à la compétitivité économique des entreprises, et aussi par une promotion de la compétitivité économique des entreprises au détriment de l’environnement, il reste qu’aujourd’hui cette alliance entre environnement et compétitivité économique des entreprises est davantage réussie, notamment en ce que l’environnement devient une source de compétitivité économique des entreprises, et que l’éco-innovation devient un nouvel accélérateur de la compétitivité économique des entreprises.

            Les études empiriques sur l’environnement et la productivité donnent des résultats contradictoires.

            Certains travaux accréditent « l’hypothèse de Porter », alors que d’autres confirment le modèle économique classique, qui considère la pollution comme une externalité négative dont la prise en compte entraîne des coûts pouvant hypothéquer la productivité des entreprises.

            Les débats sur ce thème n’ont pas seulement des implications stratégiques sur le choix des investissements environnementaux, mais également des conséquences politiques et écologiques.

            L’argument économique étant souvent mis en avant pour retarder ou remettre en cause l’opportunité de certains programmes de réduction de la pollution.

            Il conviendra ici, non pas de prendre position pour l’une ou l’autre de ces hypothèses apparemment antinomiques, mais de les exposer, puis d’en examiner le caractère réducteur et simplificateur à partir d’une approche contingente des liens entre environnement et compétitivité économique des entreprises.

            En considération de ce qui précède, l’étude sera articulée autour des parties suivantes : une alliance a priori difficile entre environnement et compétitivité économique des entreprises (I), puis une alliance aujourd’hui davantage réussie entre environnement et compétitivité économique des entreprises (II).

  1. Une alliance a priori difficile entre environnement et compétitivité économique des entreprises :

Cette difficile alliance entre environnement et compétitivité économique des entreprises s’explique notamment par le fait que l’environnement est perçu comme une contrainte à la compétitivité économique des entreprises (A), et aussi par une promotion de la compétitivité économique des entreprises au détriment de l’environnement (B).

  1. L’environnement perçu comme une contrainte à la compétitivité économique des entreprises :

Les raisons essentielles qui rendent difficile une alliance entre environnement et compétitivité économique des entreprises tiennent au fait que l’environnement est souvent source de pressions sociales (1), et source de pression économique (2), avec des effets négatifs sur la compétitivité économique des entreprises.

  1. L’environnement, source de pressions sociales sur les entreprises :

            C’est bien évidemment le point de vue de l’approche classique des relations entre enjeux économiques et enjeux environnementaux qui considère les pressions écologiques comme contrainte susceptible de menacer la pérennité des entreprises.

            En effet, l’entreprise est soumise à des pressions sociales ou externes auxquelles elle doit impérativement répondre.

            Les écarts entre les attentes de la société et la perception du comportement des entreprises, souvent associées à des « pollueurs », représentent des menaces pour la légitimité et pour la survie des entreprises.

            Ainsi, les enjeux environnementaux sont la source de pressions sociales que les entreprises doivent savoir analyser et anticiper.

            Pour autant, les entreprises peuvent-elles résister à ces pressions sociales tout en préservant leur compétitivité économique ?

            Ou bien, ces pressions sociales seraient-elles comme l’affirme G. Pompidou « une morale de l’environnement » à laquelle les entreprises ne sauraient se soustraire sans compromettre la légitimité de leurs activités ?

Il faudrait préciser que le renforcement de ces pressions n’est pas seulement susceptible de compromettre l’image de l’entreprise, mais aussi de réduire considérablement sa marge de manœuvre, en raison des contraintes réglementaires, des protestations du public, des campagnes médiatiques, ou des opérations de boycott organisées par des groupes écologistes.

Ainsi par exemple, la mise en échec du projet du groupe de Shell de couler la plate-forme Brent Spar au large de la mer du nord illustre ce « cycle de vie des pressions sociales ».

Des pressions de plus en plus virulentes à l’encontre de Shell, par le boycott des stations Shell, en particulier des militants de Green Peace, ont conduit l’entreprise a trouvé une solution plus « écologique », notamment par la récupération des matériaux de la plate-forme.

Bien que cette option n’était pas la plus économique, et que l’entreprise disposait de toutes les autorisations pour couler la plate-forme arrivée à la fin de la durée de vie utile, l’intensité des pressions sociétales avait réduit considérablement la marge de manœuvre du groupe pétrolier.

La perspective sociétale tend ainsi à faire des enjeux environnementaux, des contraintes dont la prise en compte entraîne des coûts difficiles à éviter et proportionnels à l’intensité des pressions à l’encontre de l’entreprise.

C’est bien évidemment ces contraintes d’ordre environnemental sur les entreprises qui, à bien des égards, rendent difficile cette alliance entre environnement et compétitivité économique des entreprises.

Par ailleurs, les pressions écologiques apparaissent comme des coûts susceptibles de menacer la pérennité des entreprises.

  1. L’environnement, source de pression économique sur les entreprises :

C’est la seconde analyse de l’approche classique, complémentaire de la précédente, qui considère la prise en compte des enjeux environnementaux comme des coûts susceptibles de freiner la compétitivité économique des entreprises.

C’est la théorie des externalités négatives et des coûts de dépollution qui est le pendant économique de l’approche classique.

En effet, selon l’approche économique classique les nuisances environnementales causées par l’activité industrielle se traduisent par des coûts qui ne sont pas supportés par l’entreprise ni intégrés dans le prix de ses produits : problèmes de santé, accélération de la corrosion, pertes de récolte, détérioration d’un site récréatif ou touristique, épuisement des ressources naturelles, etc.

Ces coûts sont donc externalisés, c’est-à-dire reportés à la charge de la collectivité.

Toutefois, les pressions environnementales et les normes règlementaires vont conduire les entreprises à internaliser ces coûts par des actions visant à réduire les impacts sur le milieu naturel.

Ces actions de dépollution vont ainsi se traduire par des charges liées en particulier à l’acquisition d’équipements environnementaux (épurateurs d’air, filtres, procédés plus propres, etc.) et aux dépenses de fonctionnement (main d’œuvre, maintenance, entretien, etc.).

Il en résulte que les charges endossées par les entreprises contribuent au mieux-être environnemental.

Pour autant, cela freine-t-il la compétitivité économique des entreprises ?

Ce qui fait le bonheur de l’environnement fait-il absolument le malheur de la compétitivité économique des entreprises ?

Qu’en est-il réellement de la relation directe entre la diminution de la pollution et l’augmentation des coûts supportés par l’entreprise ?

Cette relation entre la diminution de la pollution et l’augmentation des coûts supportés par l’entreprise conduit à calculer un « niveau optimal », défini comme le niveau à partir duquel les coûts marginaux pour réduire l’impact sur l’environnement deviennent supérieurs à la réduction des coûts associés aux dommages causés à l’environnement.

C’est dire, implicitement, que les actions de dépollution entrainent invariablement des charges supplémentaires pour l’entreprise.

En contrepartie, les externalités négatives (dommages pour l’environnement, risques pour la santé, détérioration des biens) tendent à diminuer lorsque les dépenses pour la dépollution augmentent.

Existe-t-il un moyen d’éviter que l’entreprise pâtisse dans ses efforts de réduction de la pollution ?

Il existerait en tous cas un niveau de rejet dit « optimal » permettant d’équilibrer les coûts supportés par l’entreprise et les dommages subis par la collectivité.

Outre les études d’impacts traditionnels, ces dommages peuvent être évalués, selon certains auteurs, à partir du prix que les citoyens sont prêts à payer pour la protection de l’environnement.

Cette analyse « coûts-avantages », qui est généralement critiqué par les environnementalistes, n’indiquerait-elle cependant pas l’idée de donner un prix à la nature ?

Or, les écosystèmes et la vie en général n’ont pas, en soi, un prix, puisqu’ils échappent à la rationalité économique, fondée sur la valeur d’échange des biens.

Par ailleurs, d’autres analyses économiques, plus empiriques, se sont attachées à modéliser les relations entre les investissements environnementaux et la situation économique des entreprises à partir de données statistiques globales.

Ainsi, de nombreuses études ont montré, conformément au modèle classique des coûts de dépollution, que le développement de la réglementation environnementale et les investissements réalisés pour y répondre tendent à avoir un impact négatif sur la compétitivité économique des entreprises.

Selon Walley et Whitehead (1994), la prédominance de la rhétorique du « win-win » dans les études sur le management environnemental est en grande partie irréaliste et risque de conduire à des choix coûteux pouvant sérieusement hypothéquer la compétitivité des entreprises.

En effet, l’acquisition d’équipements environnementaux implique généralement des investissements très lourds et dont la rentabilité est faible.

Par exemple, dans les années 1990, les coûts annules additionnels associés aux normes environnementales imposés par le Clean Air Act American ont été estimés à 4 à 5 milliards de dollars, pour contrôler les émissions de dioxyde de souffre dans les centrales électriques américaines, et par des investissements de plus de 37 milliards de dollars pour les raffineries de pétrole.

Aussi, convient-il de préciser, par ailleurs que cette hypothèse économique de type « win-loose » a des implications environnementales et politiques qui transcendent largement les frontières de l’entreprise et de sa stratégie.

Ainsi, le refus par l’administration américaine de signer les accords de Kyoto se justifie, selon le président américain G. Bush, par l’impact nuisible d’une telle mesure sur l’économie des États-Unis.

De même, la décision du canada d’adopter les accords de Kyoto, annoncée lors du sommet de Johannesburg de septembre 2002 a suscité une levée de boucliers dans certaines provinces, plus particulièrement l’Alberta et Terre-Neuve, qui dénoncent, à l’image du gouvernement américain, les coûts économiques prohibitifs découlant d’un tel engagement.

Si l’environnement est perçu comme une contrainte à la compétitivité économique des entreprises, n’y aurait-il pas alors une promotion de la compétitivité économique des entreprises  rendant difficile cette alliance entre environnement et compétitivité économique des entreprises ?

  1. La promotion de la compétitivité économique des entreprises au détriment de l’environnement.

 

Elle se traduit notamment par une priorité donnée à la compétitivité économique des entreprises sur le respect de l’environnement (1), et aussi par des réglementations environnementales laxistes au profit de la compétitivité économique des entreprises (2).

  1. Une priorité donnée à la compétitivité économique des entreprises sur le respect de l’environnement.

C’est notamment la volonté de vouloir résoudre les questions environnementales par la croissance économique qui traduit cette priorité accordée à la compétitivité économique des entreprises.

D’où l’intérêt de remarquer que les choix en faveur de l’environnement sont essentiellement dictés par intérêts économiques opportunistes, « mon économie d’abord, l’environnement après ».

Ainsi donc, cette priorité accordée à la compétitivité économique des entreprises sur le respect de l’environnement est le reflet de la difficile construction du système de gouvernance globale de l’environnement au sein d’une économie mondialisée.

Ici, il convient de rappeler que l’environnement prend véritablement place sur la scène internationale avec la création du programme des Nations-Unis pour l’Environnement (PNUE) et la conférence des Nations-Unies de Stockholm en 1972.

Cette conférence réunit pour la première fois différents types d’acteurs (Etats, ONG, groupements d’entreprises) afin de discuter des questions environnementales.

La déclaration de Stockholm, adaptée à cette occasion, pose plusieurs principes, dont l’affirmation selon laquelle le développement économique est une condition première de l’amélioration de la qualité de vie et un remède à la dégradation de l’environnement.

Toutefois, elle a rapidement buté sur plusieurs contraintes entre autres le coût économique important de la protection de l’environnement pour les économies nationales (Jacobson et Kay, 1983).

Compte tenu de la marginalisation des pays en développement dans l’économie mondiale durant les années 1970, un fossé se creuse rapidement entre pays du Nord, qui commencent alors à s’occuper de leurs problèmes de pollution domestique et les pays du Sud, avant tout concernés par le développement économique.

Il ressort ainsi de ces considérations une difficile alliance entre environnement et compétitivité économique des entreprises en raison notamment de contraintes économique et aussi de l’absence d’une politique environnementale ambitieuse unanime sur la scène internationale.

Par ailleurs, la priorité donnée au développement économique sur la protection de l’environnement et réaffirmée par le rapport Brundtland en 1987.

La construction théorique à la base de ce document, qui énonce à cette occasion le principe de développement durable repose, selon Damian et Graz (2005), sur trois assertions intriquées.

Premièrement, il serait possible d’organiser le monde sur la base de l’action collective rationnelle des agents économiques.

Deuxièmement, il serait possible de gouverner les régimes internationaux uniquement en se fondant sur les preuves qu’apporte la science.

Enfin, la libéralisation des échanges serait l’instrument privilégié pour favoriser le développement durable.

Ces trois lignes directrices vont engendrer une forme d’inertie du processus de coopération internationale sur les problèmes environnementaux.

Certes, tous les acteurs comprennent la nécessité d’une action internationale concertée, mais, pour eux, celle-ci passe avant tout par la croissance économique, elle-même prioritairement engendrée par l’approfondissement du mouvement d’ouverture des économies.

Paradoxalement, de 1986 au début des années 1990, ces points de vue vont être partagés aussi bien par plusieurs pays développés (les Etats-Unis en premier lieu) que par des pays en développement.

Pour les premiers, la protection de l’environnement passe par la révolution technologique, laquelle est permise par la libéralisation des échanges commerciaux (marchandises, capitaux).

Pour les seconds, il s’agit de ne pas laisser la question environnementale prendre la place du développement économique et de la lutte contre la pauvreté au sein de l’agenda international.

Ainsi, le seul référant théorique au sein de l’Agenda 21, adopté à la conférence de Rio en 1992, est affiché clairement : « promouvoir le développement durable par le commerce » (Damian et Graz, 2004).

L’agenda 21 sera ensuite repris par l’OMC, par la banque mondiale, ou encore par le FMI.

Au regard de toutes ces considérations, il ressort donc une convergence d’opinions sur la primauté qui institue de fait la dépendance des problèmes environnementaux à l’égard du fonctionnement des organisations internationales qui régulent la mondialisation économique, en premier lieu le GATT (pais l’OMC à partir de 1994) et les institutions de Bretton Woods.

Le mouvement d’interpénétration des systèmes économiques nationaux est alors considéré comme la source première du développement.

Il en résulte dès lors une dépendance des questions environnementales à la compétitivité économique des entreprises.

Pour autant, les politiques environnementales restent avant tout nationales.

La coopération internationale ne fonctionne jusque-là que dans quelques domaines bien précis, grâce à des accords multilatéraux sur l’environnement (AME).

La conférence de Rio en 1992 et celle de Johannesburg en 2002, baptisées sommets de la terre, ont engendré des espoirs considérables chez les pays développés et les ONG écologistes, mais sans résultat tangible.

Certes, entre ces deux évènements, la signature du protocole de Kyoto a permis de donner un nom et un instrument à la coopération internationale environnementale, par le biais du changement climatique.

Malheureusement, ces initiatives n’ont pas permis d’aboutir à une relation « win-win » entre environnement et économie.

Au contraire, en l’absence notamment d’une organisation internationale de référence, celle-là demeure le fait des états industrialisés. En cohérence avec le cadre de gouvernance économique, ces derniers attendent généralement que les conditions économiques et politiques internes soient réunies pour faire évoluer le cadre multilatéral de gestion de l’environnement.

Par ailleurs, l’existence de réglementations environnementales laxistes au profit de la compétitivité économique des entreprises reflète aussi cette alliance difficile entre environnement et compétitivité économique des entreprises.

  1. Des réglementations environnementales laxistes au profit de la compétitivité économique des entreprises.

Le bonheur de la compétitivité économique des entreprises fait-il le malheur de la protection de l’environnement ?

Mieux, peut-on allier règles commerciales et règles de protection de l’environnement ?

De toute évidence, il semble difficile d’établir une alliance, puisque la protection de l’environnement fait l’objectif de politiques stratégiques par les Etats pour inciter les entreprises à migrer dans leur territoire, notamment par des réglementations environnementales laxistes.

La preuve d’une migration des industries polluantes pourrait venir d’une concurrence entre pays en termes de réglementations environnementales, c’est-à-dire « a race to the bottom ».

En effet, quand la concurrence devient acharnée entre les zones géographiques sur un secteur particulier du commerce et de la production, les gouvernements ont une incitation supplémentaire pour réduire la réglementation des affaires, les normes du travail, les lois environnementales et les taxes d’affaires. Une écotaxe faible correspond ainsi à une subvention implicite aux exportations.

C’est ce que l’on appelle éco-dumping.

Dans ce cas, le dommage marginal environnemental est supérieur à la taxe sur la pollution, et les coûts sociaux sont supérieurs aux coûts supportés par les firmes.

Le risque dès lors est justement cette « race to the bottom » qui est une course vers le moins environnemental.

Il ressort ainsi de ces considérations que les écarts de réglementations environnementales ne militent pas dans le sens d’une alliance aisée entre environnement et compétitivité économique des entreprises.

Puisque les entreprises vont naturellement délocaliser là où les coûts de dépollution sont les plus faibles, les industries vont se situer dans des pays caractérisés par des réglementations environnementales laxistes : c’est le principe de « pollution heaven ».

Toutefois, l’on dispose de peu de preuves empiriques d’une migration « des industries polluantes ».

Par ailleurs, nonobstant cette difficile alliance a priori entre environnement et compétitivité économique des entreprises, il est apparu progressivement que les enjeux économiques, environnementaux, et sociaux n’étaient pas systématiquement contradictoires, y compris en matière de compétitivité économique des entreprises (II).

  1. Une alliance aujourd’hui davantage réussie entre environnement et compétitivité économique des entreprises.

Si, a priori, la relation entre environnement et compétitivité économique des entreprises semble conflictuelle, il est apparu, au fil des années, différentes approches qui se sont attachées à démontrer les bénéfices de l’intégration des préoccupations écologiques dans l’activité des entreprises. L’environnement devient ainsi source de compétitivité économique des entreprises (A), et l’éco-innovation, le nouvel accélérateur de la compétitivité économique des entreprises (B).

  1. L’environnement, source de compétitivité économique des entreprises.

Cela s’est traduit par l’apparition de la stratégie environnementale comme levier de la compétitivité économique des entreprises (1), et aussi par la performance environnementale qui sert de critère différenciateur sur les marchés (2).

  1. La stratégie environnementale, un levier de la compétitivité économique des entreprises.

Les opportunités économiques pour les entreprises déployant des stratégies environnementales proactives sont considérables.

De telles stratégies conduisent à des avantages concurrentiels tels que l’amélioration de la qualité, la réduction des coûts (par exemple, l’industrie papetière européenne a diminué sa consommation d’eau de 50 % en quinze ans) et l’ouverture de nouveaux marchés.

Certaines entreprises peuvent même se positionner exclusivement sur des segments de marchés environnementaux afin d’obtenir un avantage comparatif et devenir leader sur cette niche stratégique. C’est l’exemple de Daimler Chrysler avec la Smart.

Il convient par ailleurs de préciser que ces approches qui démontrent les bénéfices de l’intégration des préoccupations écologiques dans l’activité des entreprises ont été largement popularisées par le principe de « développement durable », qui est au centre des travaux de la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement, laquelle a inspiré de nombreuses études sur les avantages économiques des investissements environnementaux.

Ainsi, contrairement aux propositions malthusiennes du club de Rome, la stratégie de développement durable soutient que la reprise de la croissance, associée à une redistribution plus équitable des richesses et au respect des équilibres naturels est indispensable pour assurer un mode de développement soutenable, c’est-à-dire un développement qui « répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

Par ailleurs, l’optimisme de la commission Brundtland sur les possibilités d’harmonisation de l’économie et de l’écologie va faciliter les efforts de prise en compte de la stratégie de développement durable au niveau tant international que national, régional et même organisationnel.

La multiplication des « plans-verts », qui entendent intégrer les politiques environnementales et économiques des pays s’inscrit dans cette philosophie.

Ainsi, de nombreux pays comme le Canada, le Danemark, la France, le Grande Bretagne, l’Irlande, l’Italie, la Norvège ou les Pays-Bas ont mis en œuvre, à partir du début des années 1990, des plans plus ou moins ambitieux pour promouvoir une stratégie de développement durable reposant sur une logique « win-win ».

De même, à partir du début des années 1990, de nombreux travaux se sont attachés à promouvoir la mise en œuvre des stratégies environnementales centrées sur les principes du développement durable.

Ces travaux ont permis de démontrer divers avantages pouvant découler des initiatives environnementales : économie de matières et d’énergie, réduction des coûts de traitement des contaminants et des frais d’enfouissement des déchets, amélioration de l’image de l’entreprise, amélioration des procédés, innovation technologique etc.

Quels que soient les exemples et les approches retenus par ces études, les enjeux environnementaux apparaissent la plupart du temps comme un moyen d’améliorer la productivité et la compétitivité économique des entreprises.

Cette perspective « win-win » est souvent appelée « l’hypothèse de Porter », ce dernier ayant été un des premiers à remettre en cause le postulat traditionnel du lien négatif entre actions environnementales et compétitive économique des entreprises.

En effet, la remise en cause de ce postulat ne porte pas directement sur le caractère contraignant des pressions environnementales.

Selon Porter, le développement de la réglementation environnementale appelle au contraire des dépenses et des transformations susceptibles d’alourdir les coûts.

Cependant, la réponse à ces contraintes entraine également des efforts d’innovation afin d’améliorer les procédés, d’utiliser de façon plus efficiente les intrants et de trouver de nouveaux débouchés pour les sous-produits de la production.

Porter estime que les bénéfices résultant de ces mesures excèdent en définitive le plus souvent leurs coûts.

De fait, le renforcement des contraintes règlementaire dans certains pays, loin de freiner la compétitivité économique des entreprises par rapport à des concurrents qui ne sont pas soumis aux mêmes règles, la stimule et tend à améliorer la position concurrentielle des firmes les moins polluantes sur les marchés internationaux.

Ainsi, certaines histoires à succès d’entreprise reconnues pour leur engagement environnemental ont contribué à accréditer la théorie de Porter.

Par exemple, la compagnie Interface, spécialisée dans la fabrication de tapis et de textiles a mis en œuvre une politique environnementale ambitieuse centrée sur la recherche d’éco-efficience.

Cette politique a entrainé des changements majeurs dans la plupart des activités de l’entreprise : conception des produits, procédés, programmes de qualité, formation des employés, politique de commercialisation etc.

Il faut préciser que le développement des initiatives environnementales d’Interface ne constitue pas seulement un objectif à atteindre.

En effet, ces initiatives sont au centre de la vision de l’entreprise, qui s’attache à permettre à chaque personne de continuellement apprendre et se développer et à devenir le premier nom dans le domaine de l’écologie industrielle.

Ainsi, depuis 1994, les efforts pour mettre en œuvre cette vision ont permis d’économiser près de 80 Millions de Dollars et d’augmenter les revenus de 20% tout en réduisant de façon significative les déchets et la consommation de matières premières.

Aussi, les acronymes du management environnemental utilisés dans plusieurs multinationales sont-ils également révélateurs des économies qui semblent pouvoir ou vouloir être réalisées par l’amélioration de l’éco-efficience : Prévention Pollution Pays (P.P.P) chez 3M, Waste Reduction Always Pays (WRAP) chez Dow chemicals, « Save Money and Reduce Toxics » (SMART) chez Chevron, etc.

Ainsi, de nombreux travaux ont fait de la découverte des synergies entre réduction de la pollution et amélioration de la productivité une justification « économiste » des actions environnementales et du renouvellement du paradigme traditionnel sur l’économie de l’environnement.

L’engagement des entreprises devrait ainsi être encouragé par les gouvernements et par les gestionnaires, non seulement pour sa légitimité intrinsèque, mais également pour son effet d’entrainement vertueux sur la compétitivité et sur l’efficacité manufacturière.

Par ailleurs, et toujours dans la même perspective, la performance environnementale apparait comme un élément différenciateur sur les marchés.

  1. La performance environnementale, différenciateur sur les marchés.

Le principal moteur de la compétitivité vient pourtant du marché, pour les entreprises qui savent l’anticiper.

La sensibilité croissante des entreprises et du public crée en effet une demande pour des produits environnementaux si leur coût est abordable.

Cette dynamique crée de la compétitivité sur les marchés, les plus dynamiques, faisant de l’environnement un différenciateur et un avantage compétitif.

Michelin en fournit un exemple avec le Pneu Vert, qui a créé un marché dont Michelin reste leader.

Autre exemple, Lafarge substitue dans ses cimenteries 13% des combustibles d’origine fossile par de la biomasse et de la transformation de déchets en énergie, allégeant l’empreinte environnementale de ses produits.

Enfin, la substitution des substances reconnues comme potentiellement à risque par d’autres plus sûres est un processus familier pour les chimistes.

Ainsi donc, la course verte est lancée dans le monde et les entreprises l’ont intégrée.

L’évolution accélérée des technologies est évidente, et nombre d’entreprises se positionnement sur ces marchés actuels et futurs de produits et services de réduction des empreintes environnementales.

Les entreprises de service à l’environnement, Véolia-Environnement, Suez-Environnement ou Séché-Environnement le montrent par leurs-ambitieux programmes.

Le même souci oriente aussi les actions des acteurs du secteur de l’énergie comme Schneider – Electric, Total et les producteurs d’électricité.

Par ailleurs, la sensibilité du public donne aussi aux entreprises pionnières en matière d’environnement des avantages sur d’autres marchés essentiels pour elles.

Ainsi, elle améliore d’adhésion des salariés aux valeurs de l’entreprise et leur productivité, et crée une attraction particulière des jeunes talents pour les entreprises engagées, un atout pour elle.

Aussi, convient-il de remarquer la sensibilité croissante de la communauté financière qui favorise les entreprises bien notées sur les critères extra-financiers.

Le reporting sur ces thèmes est devenu exigeant et les assemblées généralement confirment le poids croissant accordé par la communauté financière à l’environnement dans l’appréciation de la stratégie des entreprises.

BNP Paribas a aussi mis en place des critères d’investissement.

Il ressort, de toutes ces considérations, une dynamique faisant de l’environnement un différentiateur sur les marchés et un avantage compétitif pour les entreprises.

Toutefois dans cette perspective d’une alliance davantage réussir entre environnement et compétitivité économique des entreprises, l’éco-innovation semble devenir le nouvel accélérateur de la compétitivité économique des entreprises (B).

  1. l’éco-innovation, nouvel accélérateur de la compétitivité économique des entreprises.

L’innovation est devenue dès les années 1980 le moteur de la compétitivité. Or, l’éco-innovation technologique et organisationnelle occupe une place d’importance dans cette dynamique si l’on en croit la plupart des exercices de prospection internationale.

Pour autant, quels peuvent être les types d’éco-innovation pour une dynamique compétitive des entreprises ?

  1. Les types d’éco-innovation pour une dynamique compétitive des entreprises.

Il convient d’abord de faire remarquer que la nature des éco-innovations a évolué au cours des dernières décennies.

En effet, les technologies ajoutées (dites « en bout de chaîne » ou «actions palliatives »), à l’origine des éco-industries ou des industries de dépollution dans les années 1970 paraissent aujourd’hui trop restrictives.

Il s’agit de dispositifs ajoutés aux procédés ou aux produits existants, de manières à réduire les dommages environnementaux liés à la production ou à la consommation.

Leur contribution à la compétitivité et à la performance environnementale semble limitée sur les moyen et long termes.

La France a acquis un avantage concurrentiel indéniable dans ce champ.

En effet, les éco-entreprises françaises occupent le 4e rang mondial et réalisent environ 30% de leur activité à l’international.

Bien que ces technologies n’empêchent pas la création de polluants, elles se révèlent indispensables pour réduire les émissions toxiques, même si parfois elles déplacent les problèmes environnementaux plutôt qu’elles ne les éliminent.

Ainsi par exemple, les fumées toxiques peuvent être transformées en déchets toxiques, ce qui ne résout pas pour autant le problème environnemental.

Or, l’évolution de la nature des problèmes environnementaux, notamment en ce qui concerne le changement climatique, a fait apparaître de nouveaux types d’éco-innovation qui relèvent de stratégies proactives.

Ainsi, au lieu de limiter les émissions en fin de processus (innovation ajoutée), l’attention se porte sur la réduction de consommation de ressources naturelles et sur la limitation de l’utilisation de substances toxiques tout au long du cycle de vie du produit.

Ces éco-innovations qualifiées d’intégrées génèrent des technologies propres ou économie « en capital naturel ».

Ce sont essentiellement elles qui sont en mesure d’accélérer la compétitivité économique des entreprises.

Toutefois, les plus grandes avancées en termes d’éco-innovation pourraient provenir des innovations radicales (la chimie sans chlore, les biocarburants, les biomatériaux, l’énergie photovoltaïque, les bâtiments et les transports intelligents, etc.) qui se réalisent au sein d’autres systèmes techniques (la chimie de synthèse, les nanotechnologies, les biotechnologies, l’informatique, etc.).

Ces éco-innovations susciteront dans un premier temps la création de micro-activités.

À titre d’illustration, les nouvelles fonctions de la téléphonie mobile permettront prochainement, par des programmes multimédias intégrés, de calculer l’efficience énergétique des bâtiments ou l’empreinte écologique individuelle, de mieux organiser les systèmes de co-voiturage ainsi que les circuits entre l’agriculture périurbaine et les consommateurs.

De nouveaux secteurs, compétences et métiers peuvent émerger dans un second temps, comme la conception et la gestion de résidences urbaines durables, ou la requalification de zones industrielles obéissant aux principes de l’écologie industrielle ou encore généralisent les critères d’efficacité énergétique.

Les retombées de ces éco-innovations en termes de compétitivité sont de loin supérieures à leur coût, puisqu’elles sont génératrices de nouveaux brevets, de nouveaux produits, services et métiers, etc.

Par ailleurs, si a priori l’alliance entre environnement et compétitivité économique des entreprises semble difficile et que l’on note aujourd’hui davantage de réussite dans cette alliance, il convient toutefois de faire remarquer que l’alliance entre environnement et compétitivité économique des entreprises a un caractère contingent.

  1. Le caractère toutefois contingent de l’alliance environnement et compétitivité économiques des entreprises.

Les conséquences économiques des actions environnementales n’obéissent pas à une relation linéaire simple.

Si certains investissements environnementaux ont des retombées économiques positives à plus ou moins long terme et sont nécessaire pour assurer la légitimité sociale de l’entreprise, les actions de dépollution peuvent aussi exiger de lourdes dépenses et compromettre l’équilibre financier de l’entreprise.

Comme le montrent Palmer, Oates et Portney, s’il est aisé de trouver des histoires à succès comme le font Porter et Van Der Linde, il est également possible d’énumérer de nombreux cas où les coûts associés aux pressions environnementales ont mis en difficultés financière des entreprises.

L’opposition entre les deux logiques évoquées précédemment et qui domine les débats sur les enjeux économiques des actions environnementales paraît donc arbitraire, voire simplificatrice.

En premier lieux, les retombées économiques globales des actions environnementales dépendent du type d’industrie et de la nature des contaminants considérés.

Il est clair que, pour des entreprises spécialisées dans le traitement des eaux industrielles par exemple, le développement des préoccupations environnementales constitue une opportunité économique.

Dans les industries polluantes cependant, les investissements environnementaux apparaissent au contraire souvent comme des coûts, même si de nombreuses actions écologiques, comme les mesures pour réduire les déchets et améliorer l’efficacité énergétique par exemple, peuvent se traduire par des économies substantielles.

Les programmes environnementaux des entreprises et leurs impacts économiques ne constituent donc pas une réalité homogène, monolithique et universelle.

Certaines initiatives débouchent sur des économies de matières ou d’énergie alors que d’autres impliquent au contraire des coûts nets souvent considérables.

Par exemple, le programme de réduction à la source des déchets de la compagnie Daw Chemical, qui rapporté un retour sur investissement de 55% a reposé sur une multitude d’initiatives décentralisées impliquant une forte participation des travailleurs.

Mais, de façon globale, les quelque 200 millions de dollars qui ont été investis la même année dans le domaine de l’environnement par cette entreprise se sont soldés par un retour sur investissement négatif de 16%.

Dans certains cas, les investissements environnementaux représentent des coûts nets mais qui peuvent déboucher, à long terme, sur des avantages économiques inattendus. Ainsi, le leader chimique américain Du Pont a dépensé des centaines de millions de dollars dans des équipements de contrôle de la pollution, des indemnités pour dommages causés par des produits toxiques, ou encore des opérations de nettoyage consécutives à des déversements accidentels.

Cependant, en développant, par la contrainte, un des services environnementaux les plus importants dans le monde, Du Pont a pu réaliser des revenus substantiels grâce à la vente de produits et de services environnementaux.

En second lieu, dans les industries soumises à de fortes pressions environnementales, les investissements pour réduire la pollution apparaissent aujourd’hui beaucoup plus comme des actions nécessaires, voire indispensables, que comme des investissements discrétionnaires dont l’évaluation doit reposer exclusivement sur des critères de coûts-bénéfices économiques.

Les entreprises vont donc surtout s’attacher à réaliser les investissements qui s’imposent pour respecter les normes règlementaires et répondre aux pressions sociétales, en privilégiant les solutions les plus économiques, en particulier dans un contexte de récession et de restrictions budgétaires.

Cette démarche va souvent conduire à privilégier les critères d’efficience sur les critères d’efficacité dans l’atteinte des objectifs environnementaux.

C’est dans cette perspective que s’inscrit par exemple le programme environnemental anglais BATNEC (Best Available Techniques Not Entailing Excessive Cost), qui repose sur la coopération entre les inspecteurs et les responsables de l’entreprise pour mettre en œuvre des solutions technologiques permettant de maximiser le rapport entre l’efficacité environnementale et le coût des mesures envisagées.

L’interface entre l’économie et l’environnement n’obéit pas ici à une logique dichotomique de type « gagnant-gagnant » ou « gagnant-perdant » mais plutôt à la recherche d’un compromis réaliste entre deux dimensions qui ne doivent pas être subordonnées l’une par rapport à l’autre.

Conclusion

Les implications économiques des investissements verts peuvent varier considérablement suivant les secteurs d’activités, les objectifs visés, le contexte industriel et règlementaire ainsi que le type d’action considéré.

La complexité des problèmes écologiques ainsi que la pluralité et la diversité des actions pouvant être mises en œuvre pour réduire l’impact des activités industrielles sur le milieu naturel rendent simplificatrice l’opposition classique entre la perspective économiste traditionnelle et l’hypothèse de Porter.

Les actions environnementales impliquent, comme tout investissement, un risque qui sera d’autant plus grand que les dépenses seront élevées et que l’incertitude rendra plus difficile les prévisions des décideurs.

La mise en œuvre d’une démarche préventive centrée sur une logique d’ « amélioration continue » permet, dans une certaine mesure, de réduire ces coûts environnementaux, voire d’apporter des économies substantielles.

Cependant, les progrès en termes de performance environnementale et de productivité qu’il est possible de réaliser par cette démarche demeurent incertains et limités.

L’atteinte d’objectifs environnementaux plus ambitieux appelle souvent l’adoption de technologies palliatives permettant des améliorations plus radicales, mais qui exigent des investissements coûteux et sans effet sur la productivité.

Ce caractère contingent et circonstanciel des implications économiques des actions environnementales appelle un élargissement et une mise en contexte des réflexions sur ce thème.

D’une part, les logiques « win-win » et « win-loose » reposent sur des hypothèses simplificatrices qui ignorent la complexité et le caractère contingent de l’alliance environnement et compétitivité économique des entreprises.

D’autre part, ces analyses tendent très souvent à subordonnées les enjeux environnementaux aux enjeux économiques, lesquels vont favoriser ou au contraire restreindre les actions écologiques en fonction des coûts ou bénéfices anticipés.

Or, la question n’est pas tant de savoir si les investissements environnementaux sont ou non économiquement bénéfiques, que de comprendre et favoriser les conditions qui permettent d’améliorer l’efficience d’actions environnementales, que la règlementation, les pressions sociétales ou encore la stratégie des entreprises rendent nécessaires.

Comme l’indique la norme internationale ISO 9001 (version 2000), l’efficience désigne la « relation entre le résultat obtenu et les ressources utilisées ».

L’amélioration de l’efficience environnementale suppose donc l’atteinte d’objectifs environnementaux ou l’amélioration des résultats dans ce domaine au moindre coût voire éventuellement en réalisant des bénéfices économiques.

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